Guinée/Le Septennat de l’Exigence – Pourquoi le Président Doumbouya doit opter pour une rupture radicale ? (Par Aboubacar Tely Barry).

L’ÉDITO – Le 28 décembre 2025 marque la fin d’une transition politique trompe l’œil et le début d’une ère nouvelle pour la Guinée avec l’élection du Général Mamadi Doumbouya. 

Mais derrière la solennité de la tradition républicaine qui a vu le gouvernement d’Amadou Oury Bah démissionner, se cache un enjeu de survie politique. Dans cette analyse sans détour, nous démontrons pourquoi le Président doit impérativement briser le cycle du recyclage des cadres. 

Entre la nécessité d’une Primature forte, l’exigence de probité morale et le respect sacré des droits de l’homme, le succès de ce septennat dépendra impérativement d’un virage à 180 degrés dès les premières nominations.

Après une transition politique trompe l’œil de plus de quatre ans, suivie d’une élection non inclusive, le Général Mamadi Doumbouya a été porté à la magistrature suprême. Fidèle à la tradition républicaine, le Premier ministre Amadou Oury Bah a remis la lettre de démission de son gouvernement au président Mamady Doumbouya. 

Cet acte place désormais le Président élu face à son premier défi important: le choix de l’équipe qui portera son septennat. 

Mais pour que ce mandat ne soit pas celui des rendez-vous manqués, la rupture doit être totale, structurelle et humaine. Pour ce faire il faudra tenir compte des aspects suivants:

Le renouveau intégral pour en finir avec le recyclage de l’inefficacité

Le constat est sans appel, car le gouvernement sortant a montré ses limites. Le manque de résultats tangibles dans plusieurs secteurs clés a créé une érosion de la confiance entre l’État et les citoyens. Reconduire des ministres dont la gestion a été marquée par l’inertie ou l’approximation serait un signal désastreux.

Pour que ce septennat commence sur des bases solides, le Chef de l’État doit se séparer de l’ancienne équipe, du Premier ministre au dernier des ministres. Si le Président Doumbouya ne se débarrasse pas de ceux qui ont échoué, il risque de voir le peuple lui tourner définitivement le dos, se désintéressant d’une politique publique qui ne changerait rien à son quotidien.

Le profil des nouveaux hommes : Compétence, dévouement et expérience

Le choix des nouveaux visages ne doit pas répondre à des calculs de copinage, de népotisme, d’ethnicité ou de récompense politique. Le pays a besoin de « de technocrates expérimentés ».

L’expérience éprouvée, il faut appeler des personnalités ayant fait leurs preuves, tant au niveau national qu’international, capables de comprendre les rouages complexes de l’administration.

Le dévouement au service public doit être total. Car la Guinée ne peut plus se permettre d’avoir des ministres qui se servent au lieu de servir. Le critère de moralité et d’intégrité doit être la base principale du recrutement gouvernemental.

Dans un monde qui change vite, le prochain gouvernement doit être composé d’hommes et de femmes capables de transformer des directives en résultats concrets en un temps record.

Droits de l’Homme et Démocratie

Un mandat de sept ans ne peut tenir uniquement que sur des infrastructures. Il doit reposer sur un pacte social solide. Le Président Doumbouya doit faire de la promotion des libertés et des droits de l’homme le pivot de sa gouvernance.

Le nouveau gouvernement aura pour mission de garantir un espace démocratique où la contradiction est acceptée et où l’État de droit est une réalité pour tous.

La bonne gouvernance commence par une justice indépendante. C’est le meilleur rempart contre l’impunité et la corruption qui gangrènent l’exécution des projets publics.

Rationalisation et autorité: Une Primature forte pour une gestion saine

L’autre aspect crucial est la structure même de l’État. Pour une gestion rationnelle des finances publiques, il faut réduire le nombre de ministères. La fragmentation actuelle alimente la cacophonie et la corruption. Fusionner des départements permettra une meilleure coordination et une utilisation optimale des ressources.

Cependant, cette efficacité ne sera possible que si l’on revient sur le décret réduisant les prérogatives du Premier ministre. Pour qu’il y ait de la discipline au sommet de l’État, le chef du gouvernement doit être un véritable chef d’orchestre, doté des pouvoirs nécessaires pour arbitrer, sanctionner et négocier avec les partenaires internationaux. Un Premier ministre affaibli rend l’exécution des projets publique handicapante et floue.

Conclusion : Éviter le piège du vide

Si les mêmes causes produisent les mêmes effets, la Guinée risque de sombrer dans une léthargie où le citoyen se désintéressera totalement de la gestion du pays. Le Président Mamadi Doumbouya a aujourd’hui l’opportunité de marquer l’histoire. En choisissant la compétence de façon radicale, en protégeant les libertés fondamentales et en restaurant l’autorité de la Primature, il pourra transformer l’essai de la transition en une réussite républicaine durable. Le pays ne peut plus se permettre d’être un vide politique ; il a soif d’action et de dignité.

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