Par Aïssatou Chérif Baldé
Une polémique qui relance les interrogations sur la communication du pouvoir
La polémique née autour de l’annonce d’une rencontre entre Mamadi Doumbouya et Donald Trump à New York relance les interrogations sur la stratégie de communication du pouvoir militaire guinéen. Au-delà de cet épisode, c’est l’efficacité même de l’appareil de communication de la junte qui se retrouve au centre des critiques.
La publication du ministre guinéen des Affaires étrangères et des Guinéens de l’étranger, Morissanda Kouyaté, affirmant qu’une rencontre avait eu lieu entre Mamadi Doumbouya et Donald Trump en marge de la 81e Assemblée générale des Nations unies à New York, le 22 septembre 2026, a suscité de nombreuses réactions sur les réseaux sociaux.
Selon la Présidence de la République, cette rencontre s’est bien tenue à huis clos avant un dîner avec le président américain. Les autorités guinéennes affirment également que Donald Trump aurait demandé à son conseiller Massad Boulos de transmettre à Mamadi Doumbouya un message le présentant comme « un leader fort et respecté ».
Pourtant, cette version officielle du ministre des Affaires étrangères et des Guinéens de l’étranger soulève plusieurs interrogations.
Une rencontre sans confirmation indépendante
À ce jour, aucune source américaine ou internationale indépendante ne semble confirmer l’existence de cette rencontre. Les informations disponibles attestent bien de la présence de Mamadi Doumbouya à New York dans le cadre de l’Assemblée générale de l’ONU. En revanche, les comptes rendus publics des activités de Donald Trump ne mentionnent aucun échange avec le chef de la transition guinéenne.
Certes, il n’est pas impossible qu’un président rencontre un autre dirigeant dans un cadre privé ou informel sans que cette entrevue ne fasse l’objet d’une communication publique. Durant la semaine de l’Assemblée générale des Nations unies, les rencontres bilatérales sont nombreuses.
Toutefois, plusieurs éléments invitent à la prudence. La Maison-Blanche a publié un relevé détaillé des activités du président américain le 22 septembre 2026. Celui-ci mentionne notamment ses rencontres avec plusieurs responsables étrangers ainsi qu’avec des représentants du Conseil de coopération du Golfe. Le nom de Mamadi Doumbouya n’y apparaît pas.
Le programme officiel communiqué avant cette journée mentionnait également plusieurs rendez-vous diplomatiques, notamment avec Andy Burnham, Sanae Takaichi et Volodymyr Zelenskyy. Là encore, aucune rencontre avec le dirigeant guinéen n’était annoncée.
Cette situation soulève une question centrale : comment expliquer qu’aucune confirmation américaine n’ait émergé à propos d’une rencontre présentée comme importante par les autorités guinéennes ?
Une communication politique en difficulté
Au-delà de cette controverse, l’affaire met en lumière les difficultés persistantes de la communication politique du pouvoir guinéen.
Depuis plusieurs années, les prises de parole du chef de la junte et de certains membres du gouvernement suscitent régulièrement des controverses. La communication officielle semble souffrir d’un manque de cohérence, d’anticipation et de maîtrise.
Cette faiblesse se manifeste aussi bien sur la scène nationale qu’à l’international. Plusieurs observateurs estiment que certains responsables politiques ont fini par réduire la communication à une bataille permanente sur les réseaux sociaux, où l’invective, les injures et la confrontation de l’entourage de Mamadi Doumbouya qui recrutent des personnes pour se faire passer comme des monstres des réseaux sociaux, prennent souvent le pas sur l’explication et la pédagogie.
Une telle approche tend davantage à alimenter les polémiques, les errements de communication qu’à renforcer la crédibilité de la parole publique.
L’incapacité à reprendre la main sur le débat public
L’un des objectifs fondamentaux de la communication politique consiste à fixer les termes du débat public et à empêcher les adversaires d’imposer seuls leur agenda.
Or, malgré les moyens déployés, la communication de Mamadi Doumbouya et de son gouvernement peinent à atteindre cet objectif. Les sujets imposés par l’opposition ou les critiques du régime continuent souvent d’occuper l’espace médiatique, tandis que les initiatives gouvernementales peinent à susciter l’adhésion.
Cette situation traduit les limites d’une communication en crise qui apparaît souvent réactive plutôt que stratégique.
Dans un contexte marqué par des tensions politiques et sociales, la communication gouvernementale devrait pourtant contribuer à rassurer la population, à restaurer la confiance et à réduire les risques de crispation.
Selon cette analyse, l’effet produit semble souvent inverse. Les maladresses de communication accentueraient les divisions et renforceraient la défiance d’une partie de l’opinion.
Des frustrations sociales et économiques persistantes
Les difficultés auxquelles le pouvoir est confronté ne peuvent être réduites par le fait d’une simple opposition politique.
Les frustrations exprimées par une partie de la population trouvent également leur origine dans des préoccupations économiques et sociales profondes : sentiment d’injustice, difficultés d’ascension sociale, impression que le mérite n’est pas suffisamment récompensé, dénonciation de la corruption ou encore perception d’un système favorisant les réseaux d’influence, claniques et ethnicistes au détriment des compétences.
Dans un tel contexte, chaque erreur de communication prend une dimension particulière et nourrit davantage le scepticisme de l’opinion.
Les épisodes ayant marqué l’actualité récente, notamment l’affaire de manifestation de la diaspora guinéenne de New York lors de son passage à l’assemblée nationale de l’ONU ou encore certaines déclarations controversées de responsables gouvernementaux, ont renforcé l’image d’un pouvoir parfois en difficulté dans la gestion de sa communication en crise.
La question de l’entourage présidentiel
Face à cette situation, la question de la qualité de l’entourage du chef de la junte apparaît de plus en plus centrale.
Aucun dirigeant n’est à l’abri des erreurs. Mais la capacité à les reconnaître, à en tirer des enseignements et à s’entourer de collaborateurs capables d’exprimer un avis critique demeure essentielle.
Une équipe de communication efficace ne doit pas être composée uniquement de soutiens inconditionnels. Elle doit réunir des professionnels capables d’alerter lorsque certaines stratégies s’avèrent contre-productives et de proposer des solutions adaptées aux réalités du terrain.
Le mérite, l’expérience et les compétences devraient constituer les principaux critères de sélection des conseillers et communicants.
Le rôle d’un communicant politique n’est ni de gouverner à la place du responsable politique ni de monopoliser l’espace médiatique. Sa mission consiste à apporter un regard objectif sur les situations, à préparer les prises de parole publiques et à contribuer à la prise de décision.
Or, les difficultés récurrentes observées dans la communication du pouvoir laissent penser que cet objectif est loin d’être atteint.
Un défi majeur pour le pouvoir
La multiplication des controverses et des erreurs de communication soulève finalement une interrogation plus large sur le fonctionnement même du pouvoir.
La stratégie consistant à répondre systématiquement aux critiques, à entrer en confrontation avec les journalistes ou les communicants de l’opposition et à privilégier les rapports de force médiatiques ne semble pas produire les résultats escomptés.
Une communication politique efficace exige au contraire de la réactivité, de la disponibilité, du professionnalisme et une capacité permanente d’adaptation aux réalités du moment.
Elle suppose également de savoir prendre du recul, reconnaître les erreurs lorsque cela est nécessaire et privilégier les préoccupations réelles de la population plutôt que les querelles de communication.
À travers les multiples controverses qui entourent aujourd’hui la communication du régime, une question demeure : au sein de l’entourage présidentiel, certains contribuent-ils involontairement à fragiliser davantage l’action de Mamadi Doumbouya qu’à la renforcer ?
C’est sans doute l’un des défis les plus importants auxquels Mamadi Doumbouya est désormais confronté.

C’est dommage que la Guinée en arrive là. Mamadi est pris dans un engrainage dont lui-même ne sait plus où se mettre la tête.
Sinon,c’est très difficile d’imaginer qu’un président « démocratiquement à plus de 86%de Guinéens »soit éprouvé ainsi.Certes ,la guerre de communication n’a pas sa place dans une gouvernance vertueuse qui se veut démocratique.
Au fil de temps, il finira par comprendre que ceux qui le critiquent l’aident mieux que ceux qui le caressent dans l’hypocrisie et la démagogie.
Comme le temps reste le seul juge infaillible,attendons.