Allemagne : après deux ans d’attente, le procès de neuf policiers s’ouvre dans l’affaire Ibrahima Barry

Plus de deux ans après la mort d’Ibrahima Barry lors d’une intervention policière dans un centre d’hébergement pour demandeurs d’asile à Mülheim an der Ruhr, le procès de neuf policiers s’est ouvert mercredi 24 juin à Duisbourg. Une audience très attendue par la famille de la victime, la diaspora guinéenne et les organisations engagées dans la quête de vérité et de justice.

Par Aissatou Cherif Baldé

DUISBOURG (Allemagne) – L’affluence était exceptionnelle, mercredi 24 juin, au tribunal régional de Duisbourg, en Rhénanie-du-Nord-Westphalie. Journalistes, observateurs et membres de la communauté guinéenne se sont déplacés en nombre pour assister à l’ouverture du procès de neuf policiers poursuivis dans le cadre de la mort d’Ibrahima Barry, survenue le 6 janvier 2024 lors d’une intervention policière à Mülheim an der Ruhr.

La salle d’audience, trop exiguë pour accueillir toutes les personnes présentes, s’est rapidement retrouvée saturée. Certains visiteurs n’ont pas pu y accéder. Entre les rangées bondées, les photographes peinaient à se déplacer. Sur le banc des accusés avaient pris place quatre policières et cinq policiers, entourés de quatorze avocats. Plusieurs d’entre eux ont dissimulé leur visage derrière des classeurs afin d’éviter d’être identifiés.

Lors de la lecture de l’acte d’accusation, le procureur a décrit une intervention policière qu’il estime disproportionnée. Les neuf agents sont poursuivis pour des faits de violences volontaires aggravées commises dans l’exercice de leurs fonctions.

Lorsque la présidente du tribunal leur a demandé s’ils souhaitaient s’exprimer, les neuf accusés ont choisi de garder le silence. Aucun n’a souhaité faire de déclaration lors de cette première audience.

Malgré les poursuites engagées à leur encontre, les neuf policiers demeurent en fonction. Aucun n’a été suspendu.

Dans la salle, la présence de la famille d’Ibrahima Barry, venue spécialement de Guinée pour se constituer partie civile, témoignait de l’importance de ce procès. Pour les proches du jeune homme, cette procédure représente l’aboutissement d’un long combat judiciaire.

L’ouverture de ce procès est également le résultat de la mobilisation de plusieurs acteurs de la société civile. Peu après la mort d’Ibrahima Barry, l’association Guinée-Solidaire-Organisation e.V. avait organisé une manifestation pour réclamer que toute la lumière soit faite sur les circonstances du drame. L’organisation avait alors mandaté l’avocat Johannes Palm afin d’engager les démarches nécessaires auprès du parquet pour examiner les responsabilités civiles et pénales des policiers impliqués.

À la suite du désistement d’un membre de la famille résidant en Allemagne, notre avocat a jugé utile de confier e dossier a ensuite été repris par une autre avocate, dont le travail a permis l’ouverture de ce procès aujourd’hui considéré comme une étape majeure pour la diaspora guinéenne et africaine du pays.

Les faits remontent au 6 janvier 2024. Ce jour-là, Ibrahima Barry trouvait la mort à la suite d’une intervention policière dans un centre d’hébergement pour demandeurs d’asile de Mülheim an der Ruhr. Depuis, les circonstances exactes de son décès font l’objet de vives interrogations et d’une forte mobilisation associative.

Pour de nombreux Guinéens vivant en Allemagne, l’ouverture de ce procès constitue un signal fort. Elle nourrit l’espoir que les responsabilités puissent être établies dans le respect de l’État de droit et que les circonstances de la mort d’Ibrahima Barry soient pleinement éclaircies.

Au-delà du seul cas d’Ibrahima Barry, cette affaire interroge la capacité des institutions à rendre des comptes lorsque des agents de l’État sont mis en cause. Pour la famille de la victime comme pour ceux qui suivent ce dossier depuis plus de deux ans, le procès qui s’ouvre à Duisbourg représente désormais un moment décisif dans la recherche de vérité et de justice.

Affaire à suivre.

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