Plusieurs Guinéens vivent actuellement sous la menace permanente de l’expulsion en Allemagne, dans un contexte migratoire de plus en plus tendu. Pour de nombreux observateurs et membres de la diaspora guinéenne, cette situation est la conséquence directe d’un accord jugé « insensé et unilatéral » entre l’Allemagne et les autorités militaires en Guinée, dirigées par le colonel Mamadi Doumbouya.
Depuis le début de la semaine, une délégation guinéenne chargée de l’identification et de la déportation des demandeurs d’asile déboutés séjourne en Allemagne. Le jeudi 29 janvier 2026, près de 85 ressortissants guinéens ont été expulsés à bord d’un vol charter au départ de l’aéroport de Stuttgart. Un nouveau vol d’expulsion est prévu pour le 10 février 2026.
Par ailleurs, plusieurs jeunes Guinéens se trouvent actuellement détenus dans les maisons d’arrêt de Büren et de Pforzheim, dans l’attente de leur expulsion. Le 3 février 2026, un ressortissant guinéen du nom de Condé, ayant travaillé pendant plus de cinq ans en Allemagne, a été expulsé, laissant derrière lui son épouse en état de famille.
Un accord controversé et le non-respect des droits humains
Selon plusieurs sources de la diaspora, l’accord migratoire liant la Guinée à l’Allemagne serait régulièrement violé, notamment dans son article 3, censé garantir le respect de la dignité et des droits fondamentaux des personnes expulsées. Pour ces observateurs, cet état de fait illustre le manque de considération du gouvernement guinéen envers ses ressortissants vivant à l’étranger.
De nombreux Guinéens en Allemagne se trouvent pourtant dans des situations de grande vulnérabilité : maladies graves, détresse psychologique, précarité sociale. Certains souhaitent un retour volontaire et encadré en Guinée, mais dénoncent l’absence totale d’assistance ou de représentants de l’État guinéen sur le terrain.
Une diplomatie jugée défaillante
La gestion de cette crise migratoire intervient dans un contexte où la diplomatie guinéenne est sévèrement critiquée. Pour la diaspora, le régime militaire privilégierait une politique de façade, marquée par une diplomatie « déboussolée », tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. L’ambassade de Guinée à Berlin est notamment accusée de manquer de compétences et d’initiative face à l’urgence humaine que vivent les ressortissants guinéens.
Cette indifférence présumée s’inscrit dans une continuité dramatique : depuis des années, des jeunes Guinéens meurent noyés en Méditerranée dans leur tentative de rejoindre l’Europe, sans réaction officielle notable des autorités guinéennes.
Une diaspora abandonnée mais indispensable
Ironie du sort, ce sont ces mêmes Guinéens de l’étranger — souvent stigmatisés, criminalisés ou expulsés — qui assurent la survie de nombreuses familles en Guinée à travers les transferts de fonds. Dans un contexte où l’État peine à assumer ses responsabilités régaliennes, la diaspora joue un rôle économique et social central.
Pour ses détracteurs, le président Mamadi Doumbouya aurait fait le choix d’une gouvernance « contre son peuple », fondée davantage sur des calculs politiques que sur la protection des citoyens.
Une politique migratoire allemande rigide
Du côté allemand, le gouvernement poursuit une politique migratoire stricte, influencée par des pressions politiques internes et la montée des courants d’extrême droite. Les expulsions se font souvent sans prise en compte suffisante des situations individuelles, des attaches familiales ou de l’état de santé des personnes concernées.
Des alternatives possibles mais ignorées
Pourtant, selon plusieurs analystes, une autre approche était possible. En tant que fin connaisseur des réalités migratoires, Mamadi Doumbouya aurait pu défendre une vision différente auprès de ses partenaires européens :
- exiger le respect strict des droits humains et de la dignité des Guinéens expulsés ;
- refuser une approche unilatérale et stigmatisante ;
- proposer un partenariat migratoire structuré, à l’image de celui du Ghana, incluant des quotas d’émigration régulière, des visas de travail, d’études et de formation.
Une telle politique aurait permis de réduire l’immigration irrégulière tout en offrant des perspectives légales et sécurisées à des milliers de jeunes.
Un phénomène mondial irrépressible
L’histoire humaine le rappelle : la migration est un phénomène ancien et universel. La quête de liberté, de savoir, de sécurité et de meilleures conditions de vie a toujours poussé les peuples à se déplacer. Les barrières sécuritaires, les quotas et les restrictions de visas ne pourront jamais, à eux seuls, endiguer durablement ce phénomène.
Face à ce défi majeur du XXIᵉ siècle, la diaspora guinéenne appelle à une gestion humaine, concertée et responsable, respectueuse des droits fondamentaux et des intérêts réciproques, plutôt qu’à une politique de répression et de déportation aux conséquences humaines dramatiques.
