Guinée:dans une transition alibi, sur fond d’élections tronquées, rien n’est acquis? (Par Aissatou Cherif). 

La junte guinéenne qui s’active à couronner le Bokassa guinéen, ce 17 janvier 2026, est devenue un poids difficile à supporter. Elle est non seulement parvenue depuis le 28 décembre 2025 à confisquer le pouvoir illégal et illégitime, mais ne cesse de surprendre les Guinéens à travers sa face hideuse et ignominieuse. 

Pour couronner le tout, elle organise une investiture sur fond d’un déguerpissement arbitraire. 

Mamadi Doumbouya a fait le choix du parjure et il a refusé d’honorer ses engagements pour une transition vers un retour rapide à l’ordre constitutionnel. 

Pourtant son bilan est catastrophique

Insécurité incessante, enlèvement d’opposants politiques, des arrestations arbitraires d’opposants politiques, exaction de plus de 67 jeunes manifestants, des scandales financiers sans fin, corruption, pillage systématique des ressources minières du pays, destruction de l’environnement, propagation de la bassesse politique, des coûts économiques grandissants, chômage des jeunes, immigration mortelle, incivisme, ethnicité, népotisme, déguerpissements arbitraires, en sont, pour les citoyens, le résultat.

Mamadi Doumbouya a donc bafoué l’un de ses engagements pris lors de son discours le 05 septembre 2021, pour devenir l’oppresseur, le prédateur et le fossoyeur en même temps. 

Mais qu’importe car nous avons à faire à un pouvoir des pires. Et dans ce genre de pouvoir, c’est l’oligarchie, les médiocres où seulement quelques privilégiés de l’État qui ont le droit de prendre les rênes du pays. C’est pourquoi ils ont des relents autoritaires extrêmes qui impliquent des éléments de totalitarisme. Cependant, leur pouvoir reste le reflet de l’incompétence, de la médiocrité, le management des pires.

Une transition politique atypique 

Il n’a jamais voulu transiter. La transition, ce provisoire devrait selon lui devenir permanent, et s’éterniser. C’est pourquoi d’ailleurs la confiscation du pouvoir devrait être effective. 

Pourtant « la transition démocratique est un processus politique caractérisé par un passage progressif d’un régime non-démocratique par exemple une dictature à une démocratie.»

Mais là nous vivons en Guinée une situation diffuse, dans le temps, avec la mise en place de l’autoritarisme fondé sur le nationalisme ethnique. 

Ceci dit, le changement politique en terme de transitologie ne correspond à aucun de transition connu jusque là. 

Car elle n’a même pas pu aboutir  à la décompression autoritaire.. 

La junte l’a plutôt renforcé en décidant tout simplement d’effacer les partis politiques de la sphère politique guinéenne pour être le seul maître de jeu et imposer aux Guinéens un parti unique, hégémonique, ethniciste, clientelaire dominant. 

Elle veut donc étouffer toute forme de rapport de force selon qu’il soit situé dans le pouvoir, à l’extérieur du pouvoir, qu’ils appartiennent aux élites et ou aux masses. 

Une transition qui ne correspond à aucune typologie des transitions jusque-là connues

C’est juste un alibi sur la forme, une transition politique trompe l’œil. 

Le clan despotique de Mamady Doumbouya est animé par une idéologie du nationalisme ethnique assumé. 

Cette idéologie est pourtant incompatible à la démocratie puisque fondée sur l’exclusion, la marginalisation, la haine de l’autre et qui se traduit par un rapport de force inégalé, sans aucune place pour les compromis, pour les revendications démocratiques, pour le consensus, le dialogue et l’ouverture. 

Le non respect des engagements est incompatible à la transition 

Et le fait que cette junte militaire  n’a pas tenu à respecter ses engagements liés à un retour rapide à l’ordre constitutionnel, prouve qu’elle a toujours souffert d’une insincérité pesante. 

Ces attitudes vont à l’encontre de la définition même d’une transition démocratique. 

Elles démontrent aussi la faiblesse du pouvoir militaire qui est incapable d’être le maître d’œuvre des dispositions transitoires pour la mise en place de nouvelles institutions, et faisant du gouvernement le maître d’œuvre du processus électoral, en ne misant que sur l’exclusion des grands partis politiques guinéens. 

Et cette situation met surtout en avant l’incapacité du gouvernement de transition à maîtriser la temporalité de la transition. 

Ce gouvernement de transition faussement appelé ainsi n’a jamais eu la maîtrise de l’agenda,  du temps dans le processus de la transition. 

Dans une transition alibi, rien n’est acquis 

Certes, la transition est un passage obligé pour faire passer un changement brutal de régime, pour sortir d’un conflit armé ou simplement d’une crise post électorale (comme ce fut le cas en Guinée), qui assure une ouverture inclusive aux diverses composantes politiques de la société afin de permettre le changement. 

Mais la transition c’est aussi un moment fluide, où tout se négocie, où tout reste possible. 

Donc faire durer le “statut” officiel de transition politique, en organisant des élections tronquées sur fond de terreur peut avoir de lourdes conséquences imprévisibles. 

Et peut permettre d’espérer faire basculer un rapport de force, ou d’opposer un immobilisme sans prise aux demandes qui sont exprimées.

Donc dans une telle transition alibi, rien n’est acquis.. 

 

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