Ancien militant du RPG Arc-en-ciel, acteur de la société civile, membre du FNDC puis ministre sous la transition conduite par le CNRD, Mory Condé est aujourd’hui au centre de nombreuses critiques portant sur son parcours politique et sa gestion des responsabilités publiques. Entre accusations de ruptures successives avec ses anciens engagements et nouvelles allégations relayées en août 2026, son itinéraire continue de susciter de vives réactions dans l’opinion publique.
En Afrique, il existe un adage qui dit : « Qui trahi, trahira toujours. »
L’histoire est têtue. L’ascension d’un homme peut être considérée comme le fruit de la destinée, mais savoir reconnaître cette volonté et demeurer fidèle à ses valeurs une fois arrivé au sommet est certainement l’une des choses les plus difficiles.
Certaines personnes, une fois qu’elles atteignent leurs objectifs, deviennent automatiquement arrogantes et méconnaissables vis-à-vis de leurs semblables. Elles ne cherchent plus à servir l’humanité, mais plutôt à humilier leur prochain. Elles oublient d’où elles viennent et finissent par faire de l’injustice leur quotidien.
Ces comportements peuvent être perçus comme l’expression de l’ingratitude envers ceux qui ont contribué à leur ascension. Car lorsqu’on reçoit la force, la richesse ou le pouvoir, c’est avant tout pour protéger les plus faibles et servir les autres. Tout est éphémère dans cette vie : le pouvoir, la richesse, l’abondance et même le savoir.
Le parcours de Mory Condé : une succession de transhumance politique.
Mory Condé était anciennement militant du RPG Arc-en-ciel et considéré comme l’un des proches du professeur Alpha Condé. Par la suite, il fait son entrée dans la société civile à travers la structure AGIL, qui intervient notamment dans les marchés publics au sein des collectivités et de l’administration. Certains de ses projets auraient également bénéficié de l’attention de partenaires techniques et financiers.
Vers la fin du mandat du professeur Alpha Condé, il a rejoint le combat du FNDC, mouvement qui s’opposait notamment aux ambitions politiques de son ancien mentor.
Il s’agissait là d’un premier acte de trahison, estiment ses détracteurs.
Avec l’arrivée du CNRD, Mory Condé s’est rapidement rapproché du nouveau pouvoir. Le jour de la prise du pouvoir, lors de la lecture de la déclaration annonçant le changement de régime, il était présenté comme le seul civil parmi les nouveaux hommes forts du pays, à la tête desquels se trouvait le colonel Mamadi Doumbouya, président de la transition.
En septembre 2022, alors qu’il était ministre de l’Administration du territoire, il a procédé à la dissolution du FNDC, mouvement au sein duquel il avait pourtant milité auparavant.
Pour ses détracteurs, cette décision constitue le deuxième acte de trahison. Selon cette lecture, un homme véritablement guidé par ses convictions aurait dû rester fidèle à l’esprit du mouvement qu’il avait autrefois rejoint.

Août 2026 : de nouvelles accusations
En août 2026, Mory Condé, qui aurait obtenu plusieurs décrets de nomination au sein des gouvernements successifs du CNRD depuis son arrivée au pouvoir en septembre 2021, se retrouve au centre de nouvelles accusations.
Selon des sources présentées comme proches du pouvoir, son absence lors de l’accueil du président de la République, Mamadi Doumbouya, aurait suscité des interrogations.
Les mêmes sources affirment que le président aurait découvert certaines manœuvres qui auraient été menées à son insu.
Par ailleurs, d’importants biens qui auraient été accumulés au cours de plusieurs années de gestion auraient été identifiés. Certains seraient, toujours selon ces sources, enregistrés au nom de prête-noms, notamment parmi des proches et des membres de la famille.
Si ces accusations venaient à être confirmées, elles constitueraient, aux yeux de leurs auteurs, un troisième acte de trahison et pourraient remettre en cause la confiance accordée au ministre.
Il convient toutefois de rappeler que ces accusations restent, à ce stade, des allégations qui doivent être établies par des éléments vérifiables et, le cas échéant, par les autorités compétentes.
La mobilisation d’influenceurs pour convaincre l’opinion publique
Selon certaines sources proches du pouvoir, ces dérives ne resteraient pas impunies et pourraient donner lieu à des sanctions.
Dans le même temps, des blogueurs et certains influenceurs seraient mobilisés pour défendre l’image du ministre et tenter de convaincre l’opinion publique.
Mais, pour les auteurs de ces accusations, la mobilisation de l’opinion publique ne suffirait pas à effacer les faits si ceux-ci venaient à être établis.
Le pouvoir est éphémère
Dans la vie, tout finit par se payer. Lorsqu’on vous élève au-dessus des autres, c’est avant tout pour les servir avec humilité, abnégation et responsabilité, et non pour se considérer comme un être supérieur qui ne rendra de comptes à personne.
Les grands dirigeants qui ont compris les réalités du pouvoir ont souvent su se remettre en question et rester proches du peuple.
Certains ont fait preuve d’une telle humilité et d’un tel sens du service qu’après leur départ du pouvoir, ils sont restés des figures respectées de leurs peuples et du continent africain.
On peut notamment citer Nelson Mandela en Afrique du Sud, Olusegun Obasanjo au Nigeria, Alpha Oumar Konaré au Mali, Abdou Diouf au Sénégal ou encore Jerry Rawlings au Ghana.
Le pouvoir passe, la richesse passe, les fonctions passent. Mais la réputation, la dignité et les actes posés devant le peuple restent.
C’est pourquoi tout responsable public devrait se souvenir d’une chose essentielle : on peut accéder au sommet par la faveur des circonstances, mais on ne peut y rester durablement sans loyauté, humilité et sens du devoir.
Signé : Youssouf Camara
