Racisme : quand les attaques contre Kylian Mbappé révèlent une crise plus profonde des démocraties contemporaines.

Les insultes racistes visant Kylian Mbappé après la rencontre opposant la France au Paraguay ne relèvent pas d’un simple dérapage individuel. Elles illustrent la banalisation inquiétante des discours identitaires et xénophobes dans plusieurs espaces politiques à travers le monde. Au-delà de l’indignation légitime qu’elles suscitent, ces attaques interrogent les mécanismes de domination symbolique, les héritages historiques du racisme et les défis auxquels la jeunesse africaine et afro-descendante est aujourd’hui confrontée.


L’histoire contemporaine continue de rappeler une évidence que la science a pourtant démontrée depuis longtemps : les prétendues hiérarchies raciales n’ont aucun fondement biologique. La notion de « race » appliquée aux êtres humains ne constitue pas une réalité scientifique, mais une construction idéologique élaborée au fil des siècles pour justifier l’esclavage, la colonisation, les discriminations et diverses formes de domination.

Pourtant, malgré cette réalité établie, les manifestations du racisme persistent. Elles prennent aujourd’hui des formes parfois plus visibles, parfois plus insidieuses. Les joueurs de football issus de l’immigration ou des diasporas africaines, à l’image de Kylian Mbappé en France ou de Jonathan Tah en Allemagne, demeurent régulièrement exposés à des attaques fondées sur leurs origines, leur couleur de peau ou leur identité supposée.

L’affaire visant Kylian Mbappé dépasse ainsi largement le cadre sportif. Lorsque des propos ouvertement racistes sont tenus à l’encontre du capitaine de l’équipe de France, ce n’est pas seulement un athlète qui est visé. C’est aussi une certaine idée de la citoyenneté, de l’égalité et de l’appartenance nationale qui est remise en cause.

Ces discours reposent sur un mécanisme ancien : nier à certains individus leur pleine légitimité nationale en raison de leurs origines. Peu importe leurs réussites, leur engagement ou leur contribution à la société. Ils demeurent, aux yeux des tenants de l’idéologie identitaire, des étrangers permanents.

Le racisme comme instrument politique

Loin d’être un phénomène marginal, le racisme constitue souvent un outil de mobilisation politique. Dans de nombreux pays, des responsables publics ou des mouvements d’extrême droite exploitent les peurs liées à l’immigration, aux mutations démographiques ou aux crises économiques pour construire des récits opposant un « nous » supposément menacé à un « eux » désigné comme responsable de tous les maux.

Cette stratégie permet de détourner l’attention des véritables défis sociaux : les inégalités, la précarité, la corruption, les conflits armés ou encore les crises environnementales.

Dans ce contexte, les figures médiatiques issues de la diversité deviennent des cibles privilégiées. Leur visibilité dérange précisément parce qu’elle contredit les récits fondés sur la supériorité culturelle ou raciale.

L’Afrique face au défi de l’émancipation

Pour la jeunesse africaine et afro-descendante, la lutte contre le racisme ne peut cependant se limiter à une réaction face aux insultes ou aux discriminations. Elle implique également un travail de réappropriation historique, culturelle et politique.

L’un des héritages les plus durables des systèmes de domination réside dans l’intériorisation de certains complexes d’infériorité. Pendant des siècles, des discours coloniaux ont cherché à convaincre des peuples entiers de leur prétendue incapacité à écrire leur propre histoire, à gouverner leurs sociétés ou à produire des savoirs.

Or, aucune société ne peut durablement se construire sur le déni de soi.

L’émancipation passe donc par l’éducation, la transmission des mémoires, la valorisation des connaissances africaines, le renforcement des institutions démocratiques et la participation citoyenne.

Entre responsabilités extérieures et responsabilités africaines

Les difficultés rencontrées par plusieurs États africains ne peuvent être analysées sans prendre en compte les rapports de force internationaux, les intérêts géopolitiques et économiques, ainsi que les héritages coloniaux qui continuent d’influencer les trajectoires du continent.

Les conflits qui déchirent certaines régions africaines, les ingérences extérieures, l’exploitation des ressources naturelles ou encore les déséquilibres du commerce mondial constituent des réalités documentées qui méritent une analyse rigoureuse.

Cependant, cette lecture ne saurait exonérer les élites africaines de leurs propres responsabilités. Corruption, confiscation du pouvoir, affaiblissement des institutions démocratiques, instrumentalisation des divisions ethniques ou politiques : ces phénomènes contribuent également aux blocages observés dans plusieurs pays.

L’avenir du continent dépendra en grande partie de la capacité de ses citoyens, et particulièrement de sa jeunesse, à exiger davantage de transparence, de responsabilité et de justice.

Refuser la fatalité

Les insultes visant Kylian Mbappé rappellent que le racisme demeure une réalité contemporaine. Mais elles rappellent aussi autre chose : les idéologies de la haine prospèrent lorsque ceux qu’elles visent finissent par douter d’eux-mêmes.

C’est précisément pour cette raison que la lutte contre le racisme ne se réduit pas à la dénonciation des discriminations. Elle consiste également à affirmer une égalité fondamentale entre tous les êtres humains, à défendre la dignité de chacun et à refuser les récits qui prétendent établir une hiérarchie entre les peuples.

L’Afrique dispose d’une jeunesse nombreuse, créative et connectée au monde. Son avenir ne se construira ni dans la résignation ni dans la dépendance, mais dans la confiance en ses capacités, dans la connaissance de son histoire et dans la volonté de participer pleinement à l’écriture de son destin.

Comme le rappelle une formule devenue emblématique : « La lessive est la seule chose qui doit être séparée par couleur. » Les êtres humains, eux, méritent tous le même respect, la même considération et les mêmes droits.

Par Aïssatou Chérif Baldé

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