Guinée-OGP : le limogeage des deux patrons, un geste fort qui ne règle pas tout.

Après la diffusion d’une vidéo montrant une altercation spectaculaire entre les deux principaux dirigeants de l’Office Guinéen de Publicité, les autorités guinéennes ont choisi la voie de la sanction. En révoquant simultanément le directeur général et son adjoint, le pouvoir tente de reprendre la main sur une institution minée depuis plusieurs années par les crises de gouvernance. Une décision saluée par une partie de l’opinion, mais qui soulève aussi des interrogations sur les véritables centres d’influence au sein de l’OGP.

Par Aïssatou Chérif Baldé


Par un décret lu le 28 juin 2026 sur les antennes de la télévision nationale, le président de la transition, Mamadi Doumbouya, a mis fin aux fonctions d’Aladji Cellou Camara et de Jean Marie Soriba Coumbassa, respectivement directeur général et directeur général adjoint de l’OGP, pour « inconduite ».

Cette décision intervient quelques jours seulement après la diffusion sur les réseaux sociaux d’une vidéo devenue virale, montrant une altercation particulièrement tendue entre les deux responsables dans les locaux mêmes de l’établissement. Des images qui ont choqué une partie de l’opinion publique et exposé au grand jour les fractures internes d’une direction censée incarner la rigueur administrative.

L’affaire a ravivé le souvenir des précédentes crises ayant secoué l’Office Guinéen de Publicité. Avant eux, l’institution avait déjà été dirigée par Mandian Sidibé, lui-même évincé dans un contexte marqué par des accusations de détournement présumé de fonds publics. Une succession de scandales qui nourrit aujourd’hui les interrogations sur la gouvernance réelle de cet organisme public.

En procédant au limogeage des deux principaux protagonistes de cette crise, les autorités semblent vouloir mettre un terme à une cohabitation devenue intenable et embarrassante pour le pouvoir. Le message adressé aux cadres de l’administration apparaît clair : les querelles de clans, les conflits d’intérêts et les comportements jugés incompatibles avec les responsabilités publiques ne peuvent plus être exposés aussi ouvertement sans conséquence.

Pour autant, cette décision est loin de faire l’unanimité. Plusieurs observateurs estiment qu’elle ne traite que les symptômes d’un mal plus profond. Selon eux, la stabilité de l’OGP ne pourra être restaurée sans une remise en question plus large des influences qui gravitent autour de l’institution.

Dans ce contexte, certains regards se tournent vers Thierno Mamadou Bah, membre influent du conseil d’administration de l’OGP et conseiller du président Doumbouya. Pour ses détracteurs, son maintien au sein des instances décisionnelles constituerait un obstacle à l’apaisement durable des tensions. Ils considèrent que les rivalités internes qui minent l’établissement dépassent largement le cadre du duo récemment évincé.

Au-delà des personnes, cette nouvelle crise pose une question essentielle : comment reconstruire la confiance dans une administration publique régulièrement éclaboussée par les conflits de pouvoir, les accusations de mauvaise gestion et les luttes d’influence ? 

Le défi ne consiste pas seulement à remplacer des responsables, mais à instaurer des mécanismes de gouvernance capables de garantir transparence, redevabilité et intérêt général.

Car si le limogeage des deux dirigeants de l’OGP apparaît comme une mesure salutaire aux yeux de nombreux citoyens, il ne saurait à lui seul répondre aux attentes d’une population qui réclame davantage qu’un simple changement de visages : une réforme profonde des pratiques et une gestion des affaires publiques fondée sur l’éthique, la compétence et le respect des institutions.

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