Guinée:Le verdict tronqué dans l’affaire Yama Sega et Maya Kaba.

Par Youssouf Camara

Après un vif emballement médiatique autour de l’affaire opposant deux figures proches du pouvoir du CNRD, la décision judiciaire rendue suscite incompréhension et indignation. Entre soupçons de traitement de faveur et remise en cause du principe d’égalité devant la loi, cette affaire ravive le débat sur l’état de la justice en Guinée.

L’accrochage verbal entre Yama Sega et Maya Kaba sur les réseaux sociaux, qui avait suscité autant d’indignation que de révélations sur leur train de vie luxueux, apparaît aujourd’hui comme le symptôme d’un État malade et d’élites défaillantes.

Sous la pression des médias et des influenceurs, les autorités judiciaires ont fini par réagir afin de préserver l’image du pouvoir, directement éclaboussé par cette affaire impliquant des proches du Président. Le 17 avril dernier, l’OPROGEM a ainsi instruit le dossier en retenant plusieurs chefs d’accusation, dont atteinte aux mœurs, injures publiques, blanchiment d’argent et consommation de produits prohibés.

Après 48 heures de garde à vue, les deux protagonistes ont été présentées au tribunal de Mafanco dans une mise en scène qualifiée d’inédite par de nombreux observateurs. Mais le verdict rendu s’est révélé en décalage avec la gravité des accusations initialement annoncées. Une issue qui, pour une large partie de l’opinion, ne constitue guère une surprise, au regard des liens supposés entre les accusées et les plus hautes sphères de l’État.

Cette décision judiciaire est perçue par beaucoup comme une nouvelle entorse à la crédibilité de la justice guinéenne. De nombreuses zones d’ombre persistent, notamment concernant les milliards de francs guinéens retrouvés au domicile de l’une des accusées, ainsi que les accusations de consommation de cocaïne visant l’autre.

La comparaison avec des affaires récentes renforce ce sentiment d’injustice. Il y a à peine trois mois, deux artistes sans proximité avec le pouvoir avaient été condamnés à des peines de prison pour des faits d’injures jugés pourtant moins graves. Pour de nombreux citoyens, cette disparité illustre un système judiciaire à deux vitesses, où le principe d’égalité devant la loi semble mis à mal.

Au-delà de l’affaire elle-même, c’est le fonctionnement global de la République qui est interrogé. 

Comment expliquer qu’un État en vienne à fragiliser sa propre justice pour protéger certains de ses proches ? 

Cette question revient avec insistance dans l’opinion publique, où domine le sentiment qu’il existe désormais deux catégories de citoyens.

Dans un contexte socio-économique difficile, ces révélations sur le train de vie de certaines figures proches du pouvoir choquent davantage. L’une des accusées a ainsi affirmé dépenser jusqu’à 10 000 dollars par mois en parfums, soit environ 100 millions de francs guinéens, pour un total annuel estimé à 1,2 milliard. Une réalité en décalage total avec celle d’une population dont une grande partie vit avec moins d’un euro par jour, alors que le chômage des jeunes explose et que des enseignants menacent de faire grève pour non-paiement de salaires.

Face à cette situation, un sentiment d’abandon et de colère gagne une partie de la population. Entre intimidation, précarité et perte de confiance dans les institutions, beaucoup s’interrogent désormais sur la nécessité d’un sursaut collectif pour préserver ce qu’il reste de dignité nationale.

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