Guinée : quand les démons d’hier ressurgissent avec plus de force !

Par Aïssatou Chérif Baldé-Diallo 

Depuis plusieurs années, la Guinée traverse une crise sociopolitique profonde qui nourrit inquiétudes et frustrations au sein de la population. Beaucoup de citoyens dénoncent une gouvernance marquée par l’inefficacité, la corruption et l’incapacité à répondre aux besoins essentiels des populations. La crise de liquidités qui paralyse le pays actuellement est révélatrice d’une crise économique structurelle profonde. 

Depuis 2021, nombreux sont ceux qui estiment que les « démons » du passé n’ont jamais réellement disparu. Pour eux, ils semblent même ressurgir avec plus de force. En l’espace de quelques années, le pays donne l’impression de flirter avec la faillite économique et institutionnelle.

Une situation économique préoccupante

L’économie guinéenne traverse une période particulièrement difficile. L’inflation pèse lourdement sur le pouvoir d’achat des ménages, la monnaie nationale s’est affaiblie et la crise de liquidités persiste dans le système financier. À cela s’ajoutent un chômage élevé, l’insuffisance d’investissements productifs et un accès irrégulier aux services publics essentiels comme l’eau et l’électricité.

Dans ce contexte, de nombreux jeunes prennent le chemin de l’exil, parfois au péril de leur vie, espérant trouver ailleurs des perspectives meilleures.

Parallèlement, plusieurs observateurs dénoncent un pillage systématique des ressources minières du pays, qui contraste avec la pauvreté persistante dans laquelle vivent une grande partie des citoyens.

Tensions politiques et restriction de l’espace civique

Sur le plan politique, les critiques portent également sur la réduction de l’espace démocratique. Des médias privés ont été suspendus ou fermés, des entrepreneurs et opposants politiques ont dénoncé des pressions, et plusieurs partis politiques ont été dissous récemment. 

Parmi eux figurent des formations majeures comme l’Union des Forces Démocratiques de Guinée (UFDG), le Rassemblement du Peuple de Guinée – Arc-en-ciel (RPG-Arc-en-ciel) ou encore l’Union des Forces Républicaines (UFR). Pour certains acteurs politiques et membres de la société civile, tout pour l’Union européenne, ces décisions fragilisent davantage le pluralisme politique et accentuent les tensions dans le pays.

Le risque dangereux de l’ethnisme

Dans un climat économique et politique déjà tendu, une autre inquiétude grandit : la montée des discours ethnicistes.

Sur les réseaux sociaux, des accusations visant certains commerçants peuls — appelés Fulbhês — les présentent comme responsables de la crise de liquidités que traverse le pays. Pour de nombreux analystes, ces discours reposent sur des théories complotistes et alimentent une rhétorique dangereuse.

L’ethnisme politique, rappellent plusieurs observateurs, fonctionne souvent comme le racisme, car il repose sur l’exclusion et la diabolisation de l’autre. Dans l’histoire récente de la Guinée, ces tensions identitaires ont déjà fragilisé la cohésion nationale.

Pour certains critiques du pouvoir, faire porter la responsabilité des difficultés économiques à une communauté serait une stratégie de diversion visant à détourner l’attention des problèmes structurels de gouvernance.

Une crise plus profonde de la société guinéenne

Au-delà des accusations et des tensions, de nombreux observateurs estiment que la situation actuelle révèle une crise plus profonde de la société guinéenne. L’instrumentalisation des appartenances ethniques, l’influence de certaines coordinations régionales et la diffusion de théories complotistes sont autant de symptômes d’un malaise politique et social plus large.

Dans ce contexte, certains dénoncent ce qu’ils qualifient de « gouvernance des pillards », où l’intérêt général serait relégué au second plan face aux intérêts personnels de certains responsables.

Selon les données publiées par Transparency International, l’indice de perception de la corruption en Guinée reste parmi les plus faibles au monde. En 2025, le pays se situe autour de 26 points sur 100, un score qui traduit une perception persistante de corruption dans les institutions publiques.

Pendant ce temps, la pauvreté continue de s’étendre dans de nombreux foyers. L’insécurité, l’injustice et le sentiment d’abandon renforcent la défiance entre la population et ceux qui gouvernent.

Une population en quête d’espoir

Pour beaucoup de Guinéens, la crise actuelle n’est pas seulement économique ou politique : elle est aussi morale et sociale. Elle reflète un profond désenchantement face à un système jugé incapable de garantir la justice, la transparence et l’égalité des citoyens.

Dans les rues de Conakry comme à l’intérieur du pays, la même question revient souvent : comment sortir de ce cycle de crises répétées?

Car au-delà des divisions et des tensions, une aspiration demeure forte chez une grande partie de la population : celle de voir émerger une gouvernance capable de restaurer la confiance, de préserver l’unité nationale et de redonner espoir à un peuple qui aspire simplement à vivre dignement.

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