Guinée : la crise de liquidités s’installe progressivement et fragilise davantage l’économie.

Par Aïssatou Chérif Baldé-Diallo 

En Guinée, la crise de liquidités qui persiste depuis plusieurs mois continue de perturber profondément le fonctionnement du système financier et la vie quotidienne des citoyens. Dans plusieurs banques primaires du pays, l’accès à l’argent liquide est devenu particulièrement difficile, au point que certains fonctionnaires rencontrent désormais des obstacles pour percevoir leurs salaires.

La raréfaction des billets de franc guinéen a progressivement conduit une partie de la population à se tourner vers des circuits informels pour se procurer du liquide. Ce phénomène, qui s’est amplifié ces derniers mois, alimente les inquiétudes quant aux conséquences économiques et sociales d’une crise qui tarde à trouver une issue.

Des restrictions bancaires qui affectent les particuliers et les commerçants

Face à la diminution des liquidités disponibles dans leurs caisses, plusieurs banques ont instauré des plafonds stricts sur les retraits. Cette mesure, censée permettre de gérer la pénurie de liquidités, affecte directement les petits commerçants, les entrepreneurs et les particuliers détenteurs de comptes bancaires.

Selon des acteurs du secteur financier, les établissements bancaires font face à une baisse significative des dépôts depuis plusieurs mois. Cette situation réduit leur capacité à répondre aux demandes de retrait et contribue à renforcer la méfiance d’une partie de la population à l’égard du système bancaire.

Une crise dans un contexte politique sensible

Cette situation intervient dans un contexte politique marqué par des tensions politiques après la dissolution de quarante partis politiques dans le pays. Plusieurs observateurs estiment que les autorités tardent à apporter des réponses structurelles à la crise.

Le gouverneur de la Banque centrale de la République de Guinée, Karamoko Kaba, fait notamment l’objet de critiques croissantes concernant la gestion de la politique monétaire. Certains analystes considèrent que la banque centrale peine à contenir les tensions actuelles sur la liquidité du système financier.

Des causes structurelles profondes

Au-delà des difficultés immédiates, de nombreux économistes soulignent que la crise actuelle reflète des fragilités structurelles de l’économie guinéenne.

Le pays demeure fortement dépendant de l’exploitation et de l’exportation de matières premières, notamment la bauxite et l’or. Cette dépendance rend l’économie particulièrement vulnérable aux fluctuations des prix sur les marchés internationaux.

Par ailleurs, la diversification économique reste limitée. L’industrie manufacturière demeure peu développée, ce qui réduit les capacités de transformation locale et la création de valeur ajoutée.

À ces défis économiques s’ajoutent des préoccupations liées à la gouvernance monétaire. Des experts évoquent un manque de transparence dans la gestion des réserves et des politiques de crédit, ainsi que des pressions politiques susceptibles d’influencer certaines décisions monétaires. 

Une crise révélatrice d’un modèle économique fragile

Pour de nombreux analystes, le manque de liquidités observé aujourd’hui dépasse la simple difficulté technique de gestion monétaire. Il met en lumière les limites d’un modèle économique encore peu diversifié et fortement exposé aux chocs extérieurs.

La résolution durable de cette crise nécessiterait, selon plusieurs spécialistes, des réformes structurelles visant à renforcer la transparence financière, améliorer la gouvernance économique et accélérer la diversification de l’économie.

Dans l’immédiat, l’absence de mesures fortes alimente les inquiétudes quant à l’évolution de la situation. Si la crise devait se prolonger, elle pourrait accentuer les tensions sociales et fragiliser davantage la confiance dans les institutions financières du pays.

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