Par Aïssatou Chérif Baldé
Depuis près de trois décennies, j’observe avec lucidité et douleur l’évolution de la scène politique guinéenne. Une évolution marquée par la suffisance, la bureaucratie vide de sens et une arrogance devenue norme avec la nouvelle caste de jouisseurs du pouvoir militaire de Mamadi Doumbouya .
Contrairement à ce que certains pourraient croire, je ne suis pas une femme obsédée par l’accès aux plus hautes charges de l’État à n’importe quel prix. En 1996, à ma sortie de prison, le régime de Lansana Conté m’avait proposé de prendre la tête de l’Assemblée nationale des jeunes de Guinée. J’ai refusé et j’ai choisi l’exil plutôt que la compromission. Depuis, les opportunités n’ont pas manqué, mais j’ai préféré rester fidèle à mes convictions.
Car j’ai compris une chose essentielle : la politique ne doit pas être un métier, encore moins une rente. Faire de l’engagement une carrière, c’est se livrer pieds et poings liés aux ignorants, aux charlatans, aux menteurs en série qui rendent l’imposture, l’injustice et l’incompétence respectables.
Oui, je veux être une figure politique. Mais pas à tout prix.
Je préfère être une figure humanitaire, prête à mourir pour ses convictions, aux côtés de véritables patriotes africains — à l’image de Jerry Rawlings — qui ont voulu rendre aux peuples leur dignité, leur souveraineté et leur humanité. Je refuse de faire la cour à ces dirigeants-pantins des puissances étrangères, qui abusent de notre crédulité et gouvernent par décrets, clientélisme et manipulation.
Le pouvoir actuel en Guinée illustre tragiquement cette dérive. Le putschiste Mamadi Doumbouya, qui avait suscité un espoir populaire au départ, est désormais soumis aux logiques néocoloniales et aux réseaux obscurs. Sa notoriété initiale, forcée, s’effrite chaque jour. Or, quand une légitimité est construite sur l’illusion, l’infamie devient une peine plus lourde que la prison.
À force de nominations opportunistes et de récompenses distribuées sans mérite, le pouvoir banalise l’insulte, l’humiliation, la corruption et même la fraude. Aujourd’hui, chaque monstre des réseaux sociaux, chaque chômeur de la diaspora muni d’un faux diplôme se croit ministrable ou présidentiable. La fonction publique est démystifiée, dégradée, humiliée.
Et nous sommes tous complices car nous consommons cette abjection sans réagir.
On nous demande d’applaudir, d’accepter,de subir.
Or l’Injustice constitutionnelle, le déni de justice, le népotisme, l’accaparement des biens publics, la transhumance politique, la falsification de CV, la célébration des menteurs sont les marques de fabrique du système.
Face à ce désastre moral et politique, les réseaux sociaux deviennent un outil de résistance. Ils permettent de relier les consciences, d’informer sans frontières, de politiser les jeunes et les oubliés des médias traditionnels.
Le combat politique moderne se joue aussi là : sur les plateformes, dans les idées, dans la parole libre.
Ce que je défends, ce n’est pas un poste.
C’est une éthique.
Une vision humaniste de l’engagement.
Un refus de la jouissance du pouvoir sans âme.
La Guinée mérite mieux que des jouisseurs, serials-menteurs.
