Guinée: Pourquoi Mamadi Doumbouya est le grand absent de la campagne électorale pour son élection au poste de président gagnée d’avance? (Par Aissatou Cherif Baldé-Diallo).

Les Guinéens sont appelés à voter lors d’une présidentielle censée parachever le retour à l’ordre constitutionnel après un coup d’Etat en 2021, le futur président de la République, d’un scrutin où le gagnant est connu d’avance puisqu’il s’agit tout simplement d’un autre putsch civil orchestré pour légitimer le pouvoir militaire françafricain guinéen. 

Mais le plus étonnant est l’absence avérée du chef de la junte militaire Mamadi Doumbouya à une mascarade électorale où rien n’est laissé au hasard par le camp de l’homme qui a trahi son engagement initial du 05 septembre 2021, notamment celui de ne pas être candidat à une quelconque élection présidentielle dans le pays et de rendre le pouvoir aux civils. 

Pourtant ayant mis à profit ses quatres ans passés à la tête de l’Etat, pour éliminer par voie d’élimination physique, de tortures, d’enlèvements toutes les voix dissidentes du pays pour fabriquer des opposants fantômes à l’image de sa campagne électorale, il devrait être libre de battre campagne sur toute l’étendue du territoire guinéen.

Car il a manœuvré pour empêcher les principaux leaders à concourir à l’élection présidentielle, il a fermé les principaux médias audiovisuels et continue à travers son sous dictateur Boubacar Yacine Diallo d’en fermer d’autres aujourd’hui encore. 

Il interdit les manifestations et a pris directement en main l’organisation de l’élection présidentielle dévolue à une direction générale des élections qui lui fait totalement allégeance. 

Pour autant, Il demeure tout de même absent de la campagne électorale et laisse son Premier ministre et directeur de campagne Amadou Oury Bah battre campagne pour lui. 

Une absence sur fond de réclusion presque paranoïaque 

Selon nos sources bien introduites au palais Sékhoutouréya, Mamadi Doumbouya ne fait pas confiance à son entourage et il change de refuge de façon permanente. Ses services de renseignement lui auraient fait comprendre qu’un groupe de militaire composé de 100 personnes et dont la grande majorité n’a pour l’heure pas pu être identifiée préparerait un renversement de son pouvoir. Sur les 100 personnes, seulement dix-sept personnes ont été arrêtées.. Les enquêtes se poursuivent pour pouvoir identifier les autres, nous a-t-on fait savoir. 

C’est ce qui explique le renforcement de la sécurité présidentielle, les purges au sein de l’armée, le retour de militaires envoyés à la retraite, son recul paranoïaque et son absence avérée à la campagne électorale. Il y règne un manque de sérénité totale, même si le Premier ministre Amadou Oury Bah tente tant bien que mal à rassurer le camp de la démesure et du despotisme.

Il est tout sauf serein

Car si Doumbouya semble avoir gagné la partie politique, il est tout sauf serein.. Il paraît aujourd’hui plus que jamais paranoïaque. Reclus entre les îles de Loos, au large de Conakry, l’ambassade de France en Guinée, son palais présidentiel, ses différentes villas de la capitale, il sort de moins en moins et si nécessairement jamais sans un dispositif de sécurité démesuré digne d’un pays birmanisé. 

À chacune de ses sorties, on mobilise Hélicoptère de combat, des véhicules blindés car il sait une seule chose, s’il a pu éliminer l’opposition, il n’a pas la maîtrise de l’armée. 

Il est toujours accompagné de ses gardes armés et cagoulés, y compris lors de ses audiences dans son bureau du palais présidentiel. Même les journalistes de la télévision nationale ne peuvent plus l’approcher à plus forte raison l’interviewer. 

Et mieux l’ancien président Alpha Condé, son bienfaiteur qu’il a déposé sur fond d’humiliation ne baisse pas les gardes et il reste un homme de réseaux solides. 

Une armée dans une armée 

Les forces spéciales dont il est issu sont passées de 500 à plus de 2 000 hommes, elle est devenue une armée dans l’armée. C’est la seule unité dans laquelle il affiche sa confiance. Ce sont les seules troupes à détenir les armes aujourd’hui, tandis que les autres militaires sont dépourvus d’armes ou sans chargeurs…

À côté des forces spéciales, nous avons la gendarmerie nationale dirigée par le tortionnaire Balla Samoura qui commandite les enlèvements et les arrestations des opposants politiques du pays dont le pouvoir devient de plus en plus irrespirable.

Le danger pour Doumbouya viendra des tensions au sein de l’appareil sécuritaire

Une chose est certaine, le danger, pour Doumbouya, ne viendra donc sans doute pas de son opposition politique. Il pourrait plutôt surgir d’une mauvaise gestion des tensions au sein de l’appareil sécuritaire. 

C’est d’ailleurs ce qui l’avait poussé à renverser Condé : des rumeurs bruissaient selon lesquelles il était sur le point d’être mis aux arrêts. Il avait alors préféré dégainer le premier. Et c’est ainsi qu’il déposa son bienfaiteur Alpha Condé un 05 septembre 2021. 

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