Ce mercredi 26 novembre, c’est un autre pays africain, notamment la Guinée-Bissau, qui a été secouée par une mutinerie, qualifiée de coup d’État militaire. Le président Embalo a été déchu par le chef d’état major ce mercredi 26 novembre vers 12 heures dans la capitale Bissau suivis de tirs nourris qui ont été entendus dans la matinée près du palais présidentiel où se trouvait le président Embalo. Il est arrivé « sain et sauf » au Sénégal jeudi à bord d’un avion affrété par ce pays, a annoncé le ministère des Affaires étrangères sénégalais dans un communiqué.
Et le général Horta N’Tam a été investi, ce jeudi, comme président de la transition et du haut commandement militaire pour diriger la Guinée-Bissau pendant un an, ont annoncé à Bissau les militaires auteurs du coup d’Etat de ce mercredi.
Ils ont procédé hier à des arrestations des opposants politiques qui étaient candidats aux élections présidentielles et législatives qui se sont tenues dimanche dernier.
C’est une nouvelle transition politique qui vient d’être enclenchée dans ce petit pays de l’Afrique de l’ouest, terroir de coup d’État, de conflits et d’instabilité politique.
Que signifie un coup d’État militaire ?
Tout d’abord, un coup d’État est toujours une rupture, un recul démocratique, car il remet en cause les fondements de la République tels qu’ils avaient été institués par la volonté du peuple.
Le coup d’État est donc toujours en principe hors norme.
Mais il a été constaté que des coups d’État peuvent être salvateurs dans une certaine mesure:Rawlings, Sankara, même si on ne peut pas faire comme si tout a été parfait avec eux. Et même si le principe demeure que le domicile naturel des militaires s’est avéré être les casernes et la sauvegarde des frontières.
Il faut savoir que dans bien des cas,l’intervention des militaires est la conséquence des dysfonctionnements constatés au niveau de la gouvernance civile.
Qu’est ce qui explique la recrudescence des coups d’Etat militaires?
La récurrence des coups d’État militaires en Afrique de l’ouest pourrait s’expliquer certainement par le fait que ceux qui ont accédé au pouvoir par les urnes ont tendance à croire que rien ne pourra plus leur résister.
Alors que leur accession est pour la plupart le résultat d’urnes truquées ou tronquées qui fatalement appellent à diverses formes de résistance (soulèvements populaires,insurrections,coup d’etat).
Cette recrudescence apparaît comme le fruit d’un mécontentement profond et récurrent face à des États africains dysfonctionnels, corrompus, mafieux et incapables. Les manifestations de la jeunesse malgache ayant conduit au putsch militaire, une jeunesse mécontente de la situation économique du pays et violemment réprimée par le pouvoir, illustrent cela.
Les anciennes colonies françaises sont des États qui ont en leur tête des préfets-sidents soumis sur fond d’un pacte colonial aux injonctions de l’État français. Ils sont pour la plupart incapables de relever la multitude de défis auxquels sont confrontés leurs pays que sont le chômage, système de santé défaillant, éducation nationale émiettée, perte de revenu, immigration mortelle.
Ces présidents africains une fois au pouvoir ne veulent plus être à l’écoute du peuple.
Ce sont plutôt de brave petit soldat d’un ordre mondial se vautrant dans la rapine et le crime de masse, vivant de la spoliation des peuples, au nom des droits de l’homme, de la démocratie et du progrès humain, sur fond d’une vision néo-impériale française.
Les putschs constitutionnels favorisent les coups d’États militaires
Nous avons aussi la problématique des putschs constitutionnels qui favorisent la recrudescence des coups d’Etat militaires à répétition. Car lorsque la Constitution fait l’objet de révisions fréquentes,elle finit par perdre sa sacralité et devient une norme ordinaire qui n’a pas la même transcendance.
Donc les citoyens n’y croient plus parce qu’il s’agit en réalité d’une forme de coup d’état constitutionnel.
Il suffit de jeter un regard dans plusieurs pays africains (Côte d’Ivoire, Cameroun, Congo-Brazzaville) pour se rendre compte que cette façon d’agir est presque souvent motivée par la volonté de se maintenir de façon indue au pouvoir,même si la tendance nouvelle est de solliciter un habillage référendaire qui constitue un simple paravent pour se couvrir d’une fausse légitimité que les populations ont du mal à admettre. Tel fut d’ailleurs le cas en Guinée.
Manque d’alternance démocratique
L’autre cause de la recrudescence des coups d’Etat militaires en Afrique notamment dans les anciennes colonies françaises est aussi le fait que les acteurs étatiques de cette zone ont toujours réduit la démocratie aux élections et sans aucune possibilité d’une alternance démocratique.
La Côte d’Ivoire et le Cameroun peuvent être cités comme un exemple illustratif.
Or la démocratie c’est aussi savoir convaincre par ses résultats en termes de sécurité, de santé, d’éducation, de bien être et de progrès social.
Certes la démocratie est souvent analysée sous l’angle de l’élection, d’où l’expression « démocratie électorale ». Et l’organisation d’élections est un critère d’évaluation de la vitalité démocratique d’un pays.
Cependant, réduire la démocratie à l’organisation d’élections – aussi libres et transparentes soient-elles – revient à vider cette notion de tout son sens. D’où la pertinence de penser la démocratie au-delà des élections. En facilitant l’enracinement d’une démocratie consolidée et irréversible.
Que faire pour mettre fin à ces putschs militaires?
Il faut une conscience citoyenne partagée pour pouvoir escompter des résultats plus ou moins positifs.
La CÉDÉAO, l’Union africaine doivent impérativement arrêter d’être en profond décalage avec le vécu des populations africaines. Car il est temps de donner un nouveau souffle à ces différents organes communautaires qui ne semblent pas avoir pris conscience des enjeux contemporains de la démocratie et des exigences citoyennes.
La Cédéao tout comme l’Union africaine apparaissent dans les crises africaines sous le visage du médecin après la mort; elles réagissent tardivement alors qu’elles auraient pu ( devraient) le faire en amont. Elles ont été majestueusement amorphes lorsque Alpha Condé , Alassane Ouattara, Paul Biya, Paul Kagamé, Denis Sassou N’Guesso, Faure Eyadema,modifiaient outrancièrement à leur seul et exclusif profit, la Constitution.
Enfin, tant que nos dirigeants continueront à se comporter comme des suzerains, il ne faudra pas être surpris par les coups d’État ou encore des coups d’État dans des coups d’État comme ce fut le cas au Mali, au Burkina et pourquoi pas en Guinée.
Car Mamadi Doumbouya, ancien légionnaire français, fabrique de la françafrique est pire qu’un suzerain. C’est un monarque sans couronne au tempérament autocratique.
Et tant que ceux qui sont chargés de la transition eux mêmes tombent dans ces travers comme c’est le cas en Guinée-Bissau et en Guinée, les États africains connaîtront des coups d’État militaires.
