Guinée : une fracture silencieuse au sommet de l’État.

Chronique de la rédaction

Tension inédite, presque imperceptible au premier regard, semble aujourd’hui s’installer au sommet de l’État guinéen. En toile de fond, une relation qui se fissure entre le président Mamadi Doumbouya et celui qui fut longtemps perçu comme son mentor, le ministre de la Défense Aboubacar Sidiki Camara.

Selon plusieurs sources concordantes, cette crispation aurait pris de l’ampleur après la disparition tragique du commandant Aboubacar Diakité, dit Toumba. Depuis, le chef de la junte militaire et chouchou de la françafrique serait en état d’alerte maximale. 

Peu enclin à accorder sa confiance à une armée régulière dont il n’est pas issu, il s’emploierait à renforcer son contrôle ainsi que son influence sur l’appareil militaire.

Dans ce contexte, les relations entre les deux hommes se seraient nettement dégradées. Un épisode récent en dit long sur cette distance nouvelle: le ministre de la Défense se serait présenté cette semaine au palais présidentiel pour rencontrer le chef de l’État, sans succès. Il lui aurait été signifié que ce dernier se reposait, et ne pouvait le recevoir. 

Derrière cette scène apparemment anodine, certains observateurs perçoivent les signes d’une fracture plus profonde au sein de l’exécutif, accompagnée d’inquiétudes croissantes quant à la stabilité du pays. Des discussions internes évoqueraient même un possible redéploiement du ministre de la Défense vers un poste diplomatique, tandis que le général Amara Camara serait pressenti pour le succéder — une perspective que ce dernier refuserait, craignant pour sa sécurité.

À l’origine de cette défiance, des informations sensibles auraient été transmises au président, par le général David Haba. Selon ces éléments fournis au président Mamadi Doumbouya, un projet de coup d’État impliquerait le ministre de la Défense lui-même, ainsi que le général Balla Samoura. Des accusations graves, qui alimentent un climat de suspicion généralisée.

Le rôle du général David Haba apparaît d’ailleurs central dans cette recomposition interne. Il serait accusé, par certaines sources, d’orchestrer une mise à l’écart progressive des officiers influents de l’armée régulière, notamment à travers le démantèlement du BATA et son redéploiement à l’intérieur du pays. Il s’agit pourtant d’un général de l’armée au parcours marqué par des épisodes controversés : il faisait partie du commando ayant attaqué en 2011 la résidence du président Alpha Condé, avant d’être arrêté puis libéré grâce à l’implication de l’actuel ministre de la Défense Aboubacar Sidiki Camara. 

Au-delà des faits rapportés, c’est une méthode de gouvernance qui est aujourd’hui questionnée. Le président Mamadi Doumbouya semble s’inscrire dans une stratégie de fragmentation des rapports de force, jouant sur les divisions pour asseoir son autorité. Une pratique qui, selon ses détracteurs, s’étend bien au-delà de l’armée, touchant la classe politique et la société civile guinéenne. 

Dans cette logique, les lignes se durcissent. Nous avons surtout à faire à un ancien légionnaire français  qui contraint chacun au sein de l’armée, de la population à se positionner. Il faut être pour ou contre. Il fait du manichéisme de mauvais aloi qui ne permet plus la contradiction, la nuance, les critiques. 

Il cherche à nous mettre dans une situation où on peine à saisir des situations complexes. 

Nous vivons aujourd’hui en Guinée, en deux ordres distincts:les bons et les mauvais. Ce procédé nous divise en deux. C’est réducteur mais reste efficace. 

C’est pourquoi le peuple n’est plus apte à se représenter la complexité des situations pour refuser de servir d’escalier à de tels acteurs étatiques égoïstes, sauf pour quelques-uns à grande maturité intellectuelle. Et malheureusement ils sont une minorité, donc invisibles. 

Ainsi, la Guinée semble aujourd’hui évoluer dans un climat où la défiance s’installe durablement. Entre stratégies de pouvoir machiavélique, rivalités internes et recompositions silencieuses, une question demeure : jusqu’où cette politique de division peut-elle tenir sans provoquer une rupture plus profonde ?

Or à force d’opposer démagogie, déconsidération de l’intelligence, la haine, le divisionnisme,l’injustice, la cruauté, le populisme à d’autres, dans l’espoir que de ce choc jaillissent quelques étincelles, les principaux acteurs de ce jeu sinistre et perfide vont se heurter tôt ou tard à l’impossible.

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