Par Alpha Issagha Diallo
On a enfin retrouvé le document le plus sensible de la transition guinéenne. Ce n’est ni un budget ni un chronogramme, encore moins une Constitution.
Oui, il s’agit du véritable document de référence du régime. Celui qui explique tout et qui ne ment jamais. Celui que même la propagande n’arrive pas à maquiller : le carnet de santé de Mamadi Doumbouya. Et le diagnostic est formel, le patient est gravement atteint.
Dès la première page, les médecins sont unanimes : Syndrome aigu de reniement de la parole donnée.
Le 5 septembre 2021, le patient promet, jure et rassure. Puis, très rapidement, les symptômes apparaissent : amnésie sélective, inversion des engagements, allergie sévère au calendrier électoral. Le patient développe une incapacité chronique à reconnaître ses propres déclarations. À ce stade, on ne parle plus d’oubli mais de pathologie.
Plus loin, une autre anomalie attire l’attention : Détournement chronique des deniers publics. Une maladie insidieuse qui commence par de petites dépenses injustifiées, puis évolue vers une boulimie budgétaire incontrôlable.
Les caisses de l’État deviennent des perfusions personnelles, les marchés publics sont absorbés comme des vitamines et le patient ne distingue plus le trésor public de son portefeuille privé. Les spécialistes parlent d’un stade avancé, presque irréversible.
Mais ce n’est pas tout. Le carnet mentionne également une affection inquiétante : Hantise nocturne des disparus.
Chaque nuit, le régime sursaute. Pas à cause d’un bruit, mais des noms. Sadiba Koulibaly, Célestin Bilivogui, Foniké Menguè, Billo Bah, Habib Marouane Camara, Sadou Nimaga, Dr Dioubaté, Le Vieux Keïta, Mabory, Néné Oussou, Claude Pivi. Et tant d’autres que l’on n’ose même plus compter.
Ils ne frappent pas à la porte. Ils vivent déjà dans les murs et le patient développe des troubles du sommeil sévères, accompagnés d’hallucinations politiques et de sueurs froides judiciaires. Chaque silence devient un témoignage et chaque absence, une accusation.
Traitement observé : enlèvements, intimidation, effacement des traces. Résultat : aggravation fulgurante de la maladie.
On tourne la page et le diagnostic devient économique : amaigrissement sévère de l’économie nationale.
La Guinée et son chef de junte, autrefois robustes, sont aujourd’hui en état de maigreur avancée. Les investissements fondent, le colosse devient frêle, les prix flambent, le panier de la ménagère devient un objet de luxe. Le pouvoir d’achat est en réanimation et le patient, lui, continue de parader, persuadé d’être en parfaite santé. Les médecins parlent d’une déconnexion totale entre le corps réel et le cerveau du régime.
Puis vient une pathologie particulièrement contagieuse : Mythomanie systémique avec éclatement progressif.
Le mensonge n’est plus un outil. Il est devenu un organe et structure tout : les discours, les bilans, les promesses. Mais comme toute tumeur, il finit par éclater. Et chaque éclatement expose un peu plus la vérité nue, brutale, impossible à recoudre. Le patient ne ment plus pour convaincre, mais pour survivre.
Enfin, en dernière page et en lettres capitales, un diagnostic terminal : Perte totale de confiance de la population.
Et là, aucun traitement. Il n’y a plus de crédit, plus d’adhésion, plus d’illusion. Le peuple regarde, observe, comprend et surtout, il n’y croit plus. Or, dans la médecine politique, c’est le point de non-retour. Quand la confiance meurt, le régime entre en phase terminale. Les experts sont formels : On peut survivre à une crise économique, à un scandale, mais aucun pouvoir ne survit à la mort de la confiance.
Alors la question n’est plus de savoir de quoi souffre Mamadi Doumbouya. Le carnet de santé est clair. La vraie question est désormais : combien de nuits peut-on encore dormir quand les disparus refusent de se taire ?
Car à ce stade, ce n’est plus une transition. C’est une conscience en quarantaine et un pouvoir déjà condamné par ses propres fantômes.
