Guinée : quand la personnalisation du pouvoir alimente les dérives financières.  

Par Maria Galle Diallo 

Le décaissement d’une somme colossale estimée à cinq mille milliards de francs guinéens en 2023 par l’actuel gouverneur de la Banque centrale de Guinée, Karamo Kaba, l’ancien ministre du Budget Moussa Cissé pour dit-on dans le cadre d’un accord portant mobilisation d’un financement exceptionnel continue de susciter de nombreuses interrogations dans l’opinion publique. 

Selon plusieurs observations relayées dans le débat public, ces fonds auraient été virés sur les comptes de plusieurs banques du pays, dans des conditions qui restent encore largement floues

Le journaliste Habib Marouane Camara enlevé depuis plus d’une année fut le premier à dénoncer ce genre de mobilisation financière. 

Et d’autres personnes affirment d’ailleurs que c’est à cause de ses révélations sensibles qu’il est enlevé. 

L’appel que notre rédactrice en chef Mme Baldé Aissatou Chérif a  reçu hier samedi tard la nuit de la part du Général Balla Samoura suite à la publication de ces documents prouvent à quel point ce dossier reste sensible pour l’actuel régime militaire. 

Pour de nombreux analystes et observateurs de la vie publique, une telle opération financière ne peut être dissociée du mode de gouvernance qui caractérise aujourd’hui la scène politique guinéenne. Ils y voient l’une des conséquences directes de la personnalisation du pouvoir, un système dans lequel les décisions majeures sont concentrées entre les mains d’un cercle restreint autour du chef de l’État, Mamady Doumbouya. 

Dans ce type de configuration, les mécanismes institutionnels de contrôle peuvent se retrouver affaiblis, laissant place à des décisions financières de grande ampleur prises sans transparence suffisante ni véritable débat public.

Le cas de ce décaissement massif est ainsi présenté par certains comme l’illustration d’un fonctionnement où l’État tend à se confondre avec la volonté de quelques individus.

Les conséquences économiques de cette situation seraient déjà perceptibles. Plusieurs observateurs estiment que ces transferts massifs de liquidités vers certaines banques pourraient avoir contribué à la pénurie persistante de liquidités que traverse actuellement le pays.

Une situation qui affecte directement les citoyens, les entreprises et le fonctionnement normal de l’économie.

Mais au-delà de l’impact financier, c’est surtout l’absence apparente de poursuites judiciaires qui alimente les inquiétudes. Malgré le fait que les auteurs ou responsables présumés de ces opérations seraient connus dans certains cercles, aucune action notable n’aurait, jusqu’à présent, permis d’établir clairement les responsabilités.

Pour les critiques de ce système, cette impunité présumée illustre les dérives possibles lorsque le pouvoir se personnalise et que les institutions censées garantir la transparence et la reddition des comptes deviennent secondaires.

Dans un État de droit, rappellent plusieurs voix de la société civile, la gestion des finances publiques devrait obéir à des règles strictes de contrôle, de traçabilité et de responsabilité. Toute opération impliquant de telles sommes devrait faire l’objet d’une transparence totale et, le cas échéant, d’enquêtes indépendantes.

Cette affaire relance ainsi un débat plus large sur la gouvernance publique en Guinée : celui de la nécessité de renforcer les institutions, de garantir l’indépendance des mécanismes de contrôle et de mettre fin à une culture politique où les décisions majeures semblent parfois échapper au regard des citoyens.

Car au fond, la question dépasse le seul cas de ces cinq mille milliards de francs guinéens. Elle renvoie à un enjeu central pour l’avenir du pays : celui de savoir si l’État peut fonctionner durablement sur la base d’une personnalisation du pouvoir, ou s’il doit au contraire s’appuyer sur des institutions fortes, capables de protéger l’intérêt général.

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