Guinée : les dessous troublants de l’exfiltration de Toumba Diakité.

Par Aïssatou Chérif Baldé-Diallo

Le climat d’inquiétude autour du sort du commandant Aboubacar Diakité, plus connu sous le nom de Toumba, ne cesse de s’intensifier. Détenu depuis près de neuf ans à la Maison centrale de Conakry, il a été exfiltré le 10 février 2026 dans des conditions qualifiées de clandestines et illégales vers la prison civile de Coyah. Cette opération aurait été menée par les forces spéciales guinéennes, en étroite collaboration avec une unité de l’armée appelée les Blindés.

Cet épisode révèle surtout la prolifération de factions dangereuses au sein de l’armée guinéenne, ainsi que la montée en puissance incontrôlée de certaines forces spéciales, accusées de se livrer à des enlèvements, des actes de torture contre des opposants politiques et à des règlements de comptes internes à l’institution militaire.

Une opération menée sans l’aval du chef de la junte ?

Selon des sources bien introduites dans les cercles du pouvoir militaire, l’exfiltration aurait été conduite par le commandant Moriba Keïta, alias Kilo, membre des forces spéciales et garde rapproché de Mamadi Doumbouya. Ces mêmes sources affirment que l’opération aurait été menée sans en informer le chef de la junte, ce qui soulève de graves interrogations sur la chaîne de commandement et le contrôle réel exercé par le président sur les forces armées.

Des motivations complexes et explosives

Les raisons de cette exfiltration seraient multiples et particulièrement sensibles. D’après nos informations, l’ancien président de la transition, Sékouba Konaté, aurait conseillé à Mamadi Doumbouya de se rapprocher de Toumba Diakité, estimant que ce dernier pourrait lui être utile dans son projet de confiscation du pouvoir.

Toumba Diakité est également soupçonné d’être en contact avec certains opposants politiques, notamment Sidya Touré. Par ailleurs, il serait perçu comme une menace par le clan facho-ethniciste gravitant autour de Mamadi Doumbouya.

Certains vont jusqu’à affirmer que son profil correspondrait à celui décrit par les «charlatans du pouvoir » comme l’homme destiné à évincer prochainement le chef de la junte.

Un rapprochement jugé inacceptable par certains clans

Un éventuel rapprochement entre Mamadi Doumbouya et Toumba Diakité ne serait toutefois pas du goût du clan du ministre de la Défense Aboubacar Sidiki Camara, ni même de Moriba Keïta. Selon notre source, tout aurait donc été mis en œuvre pour empêcher ce rapprochement et surtout pour éviter que Toumba Diakité, très apprécié au sein de l’armée, ne recouvre sa liberté.

Une multiplication incontrôlée des services de renseignement

Nos sources révèlent également l’existence de plusieurs services de renseignement opérant en Guinée sans le contrôle direct de Mamadi Doumbouya. Ces structures parallèles seraient capables de placer n’importe quel citoyen sous écoute, d’enlever, voire d’éliminer ceux qui dérangent.

Cette situation expliquerait la recrudescence récente des enlèvements d’opposants politiques et de militaires. Ainsi, treize militaires auraient été enlevés et transférés à la prison de Fotoba, réputée pour être une prison de la mort, durant la période de maladie de Mamadi Doumbouya, aujourd’hui en voie de rétablissement grâce à des soins assurés par des médecins venus du Maroc et de France.

Le rôle controversé de la gendarmerie

La gendarmerie nationale, dirigée par Balla Samoura, proche du ministre Aboubacar Sidiki Camara, disposerait de son propre service de renseignement. Celui-ci serait impliqué dans de nombreuses exactions et enlèvements d’opposants à travers le pays.

Notre source a aussi laissé savoir que Mamadi Doumbouya soupçonnerait désormais Moriba Keïta de travailler pour le compte du ministre de la Défense. Depuis l’exfiltration de Toumba Diakité, ces soupçons se seraient renforcés.

Une autorité fragilisée au sommet de l’État

L’affaire Toumba Diakité démontre que Mamadi Doumbouya ne contrôle pas totalement son entourage, et que les factions nuisibles autour de lui gagnent en influence. Malgré plusieurs tentatives infructueuses, l’exfiltration a finalement été rendue possible grâce à l’intervention du bataillon des bérets rouges, provoquant une vague de frustrations au sein de l’armée.

Pour de nombreux militaires, Toumba Diakité demeure une figure légendaire, ayant rendu d’éminents services à l’armée guinéenne.

Un pouvoir hors cadre juridique

Cette affaire met une fois de plus en lumière un pouvoir qui agit en dehors de tout cadre juridique clair, confirmant l’agressivité et le caractère profondément autoritaire d’un système qui piétine les droits fondamentaux.

Selon la même source, la liste des membres du gouvernement proposée par le Premier ministre Amadou Oury Bah n’aurait pas été retenue, en raison de l’influence d’un clan composé notamment de l’ancien Premier ministre Komara, de Saran Daraba, de Madifing Diané, d’Ibrahim Kalil Condé et de membres de la famille de Mamadi Doumbouya, véritables faiseurs de ministres.

Face à ces blocages, Mamadi Doumbouya aurait choisi de s’entourer de nouveaux conseillers, parmi lesquels figurent l’ancien Premier ministre Tidiane Souaré, Makalé Traoré et Thierno Mamadou Bah.

Un clan prêt à tout pour conserver le pouvoir

Ces faits troublants démontrent que pour ce clan au pouvoir, tous les moyens sont bons pour conserver privilèges et domination : manipulation, propagande, corruption, ethnisme politique, mensonge, cynisme, humiliation de la jeunesse guinéenne, y compris celle de la diaspora.

Ils se servent du peuple sans gêne, cherchant à jouir à la fois du beurre et de l’argent du beurre. Leur seule conviction semble être l’absence totale de conviction, associée à une insolence assumée et à un art éhonté du mensonge.

Reste à espérer que Toumba Diakité ne connaîtra pas le même sort tragique que Sadyba Koulibaly et Célestin Bilivogui.

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