Séisme économique : le Burkina Faso délaisse le port d’Abidjan pour le Ghana, la Côte d’Ivoire perd 125 milliards FCFA. 

Par Aboubacar Tely Barry 

L’Afrique de l’Ouest entre dans une nouvelle ère logistique. Le Burkina Faso a pris une décision stratégique majeure : réorienter l’essentiel de ses flux commerciaux du Port autonome d’Abidjan (PAA) vers le port de Tema, au Ghana. Ce choix redéfinit les équilibres économiques sous-régionaux et fragilise un pilier central de l’économie ivoirienne.

Une rupture commerciale aux conséquences financières lourdes

Dans une récente intervention, le journaliste Antoine de Moscou a mis en lumière l’ampleur de ce changement. Selon ses informations, la Côte d’Ivoire subirait un manque à gagner estimé à 125 milliards de FCFA par an.

« 125 milliards FCFA en un an, c’est le manque à gagner pour les autorités ivoiriennes qui sont à l’origine de la décision du Burkina Faso de réorienter ses flux commerciaux vers le Ghana en délaissant le port d’Abidjan. Le Burkina Faso collabore désormais étroitement avec les autorités ghanéennes, dont le port reçoit régulièrement des marchandises burkinabè dans un cadre jugé plus transparent et respectueux. »

Ce partenariat renforcé avec le Ghana s’inscrit dans une logique de transparence, d’efficacité et de sécurité des échanges commerciaux.

Les transporteurs burkinabè gagnent en proximité et en rentabilité

Pour les grands transporteurs burkinabè, ce pivot vers le port de Tema est une équation gagnante. La distance entre Ouagadougou et Tema est d’environ 850 km, contre près de 1 000 km vers Abidjan.

Cette réduction se traduit par :

  • une baisse significative de la consommation de carburant,
  • moins d’usure des pneus,
  • une maintenance mécanique allégée.

Dans un contexte de hausse des coûts logistiques, le corridor Ouagadougou–Tema devient un axe stratégique de survie économique pour les entreprises de transport.

Quel impact pour le consommateur burkinabé ?

Le consommateur final pourrait être l’un des grands bénéficiaires de cette mutation.

  • Réduction des coûts d’approche : les économies sur le transport et les taxes portuaires plus compétitives au Ghana pourraient freiner la hausse des prix des produits importés.
  • Meilleure disponibilité des produits : un cadre jugé plus transparent signifie moins de tracasseries administratives et des délais raccourcis, garantissant un meilleur approvisionnement des marchés.

En théorie, chaque franc économisé sur la logistique a vocation à réduire le coût final pour le citoyen.

Le Port d’Abidjan face à une remise en question

Pour la Côte d’Ivoire, les conséquences sont lourdes. Au-delà de la perte de recettes douanières et de redevances, c’est tout l’écosystème portuaire qui est impacté. La baisse du transit burkinabè menace la rentabilité des infrastructures et pourrait forcer les autorités ivoiriennes à revoir :

  • leurs politiques tarifaires,
  • leur attractivité,
  • et leurs mécanismes de facilitation du commerce.

Le corridor ghanéen devient un concurrent direct de plus en plus crédible.

Une rupture majeure dans la sous-région 

Ce basculement vers le port de Tema marque une rupture majeure dans les relations commerciales en Afrique de l’Ouest. En privilégiant le Ghana, le Burkina Faso envoie un message clair : efficacité, souveraineté logistique et compétitivité sont désormais prioritaires.

Reste un défi essentiel : veiller à ce que les économies réalisées par les transporteurs se répercutent réellement sur les prix en rayon, afin que le consommateur burkinabé ressente concrètement les effets de cette transition.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *