Guinée : peut-on reconduire un gouvernement impopulaire et sans bilan? (Par Aissatou Cherif Baldé-Diallo) 

Mamadi Doumbouya, a dévoilé ce 2 février 2025 la nouvelle équipe gouvernementale. Sans grande surprise, cette annonce se traduit par la reconduction quasi intégrale des ministres en poste avant le braquage électoral du 28 décembre dernier. Un choix qui confirme, pour de nombreux observateurs, l’option du « changement dans la continuité».

Cependant, cette reconduction était prévisible. Et elle donne l’impression d’un pays où tout semble changer pour que, fondamentalement, rien ne change. En maintenant les mêmes visages aux commandes, Mamadi Doumbouya envoie un message clair à ses ministres : si le régime venait à sombrer, ils sombreront avec lui.

Ces ministres, perçus par une partie de l’opinion comme des soutiens indéfectibles au processus de dégradation démocratique voulu par la junte militaire guinéenne, sont accusés d’avoir contribué à l’enracinement de la dictature, à la banalisation de l’injustice, de la corruption, de l’ethnicisation de la vie politique, de l’incompétence et du clanisme. Mais aux yeux du chef de la transition, ils semblent toutefois inamovibles.

Ainsi, leur reconduction apparaît comme une stratégie visant à verrouiller davantage l’espace politique, à étouffer toute forme de contestation et à consolider un pouvoir personnel de plus en plus contesté. 

Pour leurs détracteurs, Mamadi Doumbouya se joue du peuple de Guinée et n’a jamais véritablement démontré de respect ni de considération pour les aspirations au changement voulues par le peuple. 

Pourtant, le bilan de ces ministres reste largement  mitigé, voire catastrophique. 

Quant au Premier ministre, Bah Oury, il est souvent décrit comme un adepte du suivisme politique, faisant de la surdité sociale et politique un mode de gouvernance ou son arme de guerre. Cette posture alimente un profond malaise dans un pays confronté à de multiples crises économiques, sociales et institutionnelles.

Dans ce contexte, la reconduction du gouvernement ne surprend guère. En Guinée, ironisent déjà certains observateurs, que l’ascension vers les plus hautes sphères de l’État ne reposerait plus sur la compétence ou l’intégrité, mais sur la capacité à naviguer entre médiocrité, corruption, imposture et injustice. Ces ministres auraient été nommés pour exécuter ce que beaucoup qualifient de « sale boulot » et sont aujourd’hui reconduits pour l’achever.

Ils constituent en effet l’un des piliers essentiels du régime militaire autoritaire en place, chargé d’imposer progressivement un pouvoir hégémonique dominant assimilé à un parti unique. Et le Premier ministre Bah Oury a d’ailleurs déjà esquissé les contours de cette nouvelle configuration politique.

Cependant, dans un régime autoritaire, la seule omnipotence du leader, appuyée par des appareils répressifs et des mécanismes de coercition, ne suffit pas toujours. Pour s’éterniser au pouvoir, le régime autoritaire de Mamadi Doumbouya doit s’appuyer sur des coalitions intégrant divers segments stratégiques : partis politiques dominants, élites économiques, familles influentes et certains acteurs sociaux cooptés.

C’est dans cette logique qu’il faut comprendre la reconduction de ces ministres. Ils incarnent les différents segments d’un système autoritaire en quête de stabilité et de longévité. Une configuration qui, selon de nombreux Guinéens, ne fait que prolonger un pouvoir sans substances et orientation claire , laissant souffler, encore une fois, un vent sombre sur l’avenir démocratique de la Guinée.

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