Dans toute démocratie digne de ce nom, les médias jouent un rôle fondamental : informer, enquêter, questionner le pouvoir et alerter l’opinion publique sur ses dérives.
Or, en Guinée, cette mission essentielle semble avoir été progressivement abandonnée par une large partie de la presse nationale, notamment face aux déviations du pouvoir militaire.
Au lieu de mener des investigations rigoureuses et indépendantes sur les mensonges d’État, la corruption, la spoliation des ressources minières et leurs conséquences environnementales désastreuses, ou encore les atteintes graves à la gouvernance publique, de nombreux médias choisissent le silence, la complaisance, voire la propagande.
Pourtant, ces dérives ont un impact direct et profond sur le fonctionnement de l’administration publique et sur la vie quotidienne des citoyens.
Plus grave encore, certains médias se sont érigés en censeurs, s’arrogeant le droit de décider ce qui mérite d’être dit, blanchissant des responsables militaires au gré de leurs intérêts ou de l’« humeur du jour ».
Une partie du journalisme guinéen est ainsi devenue un simple relais du pouvoir, des « Jacques a dit » dociles au service de la junte.
Cette dérive médiatique est dangereuse. Elle transforme les journalistes en colporteurs de contre-vérités et, trop souvent, en mendiants habiles, prêts à sacrifier l’éthique professionnelle sur l’autel des privilèges.
Il suffit de parcourir la presse nationale au lendemain de l’intronisation de Mamadi Doumbouya pour mesurer l’ampleur de cette faillite.
L’absence d’articles critiques est flagrante
Depuis près de quatre ans, l’absence d’articles critiques et de reportages approfondis sur les faits graves — politiques, économiques et sociaux — commis par le régime militaire est flagrante. Peu de médias osent aborder des sujets tels que l’élection présidentielle tronquée du 28 décembre 2025, suivie de l’intronisation d’un président illégitime au service d’un clan égoïste, les détournements massifs de fonds publics ou encore la dilapidation des biens de l’État, illustrée par la distribution anarchique de véhicules publics.
Ces faits ne sont pourtant ni anecdotiques ni discutables. Ils traduisent un régime qui s’écarte délibérément de la légalité, piétine les normes démocratiques et s’emploie à défigurer la République. Le silence médiatique face à ces réalités constitue une complicité de fait.
Une situation socio-politique alarmante
Dans le même temps, la situation sociopolitique du pays devient alarmante. Les déguerpissements récents, menés dans le chaos et sans alternatives viables pour les femmes commerçantes, plongent des milliers de familles dans une précarité extrême.
Dans un pays dépourvu de système d’assistance sociale, d’allocations familiales ou de chômage, ces décisions aggravent une crise déjà profonde.
Si rien n’est fait, la Guinée court vers une fragmentation de son économie et de son tissu social.
La crise politique et sociale actuelle pourrait bien être la plus grave épreuve que le pays ait connue depuis son indépendance.
La dictature du CNRD apparaît dès lors comme une fiction trompeuse. En réalité, le pouvoir ne se concentre pas uniquement au sommet, mais se dissémine entre une multitude de sous-dictateurs anonymes infiltrés dans les partis politiques, la société civile, les syndicats, la justice, le parlement, les médias et le gouvernement. Nous sommes face à un système mafieux profondément enraciné, difficile à combattre.
La dictature du CNRD : une fiction dangereuse
Pour y mettre fin, une seule voie semble possible, c’est celle de l’émergence d’une jeunesse consciente, résiliente, intègre et véritablement patriote. Sans cette prise de conscience collective, la classe gouvernante et ses imposteurs, experts en mensonges et en manipulation, continueront de profaner ce qu’il reste de la République, crachant sans vergogne sur son cadavre encore fumant.
