Dans les profondeurs verdoyantes de la région de Pita, au cœur du Fouta Djallon de la guinée, la rivière Koubi, symbole vivant de l’histoire, de la spiritualité et de la vie quotidienne des communautés locales, est en train de se faire dévorer.
Cette destruction n’est pas due à une catastrophe naturelle, mais plutôt par des pelles mécaniques, des camions et des sociétés chargées de reconstruire la route Mamou-Labé.
Ce projet, censé relier deux villes stratégiques, s’est transformé en une opération de démolition systématique de l’environnement et de l’héritage culturel.
Les images sont accablantes
Des arbres centenaires, dont les racines s’enfoncent dans les berges de la rivière, gisent maintenant en tas désordonnés, leurs branches brisées, leurs feuilles flétries sous le soleil impitoyable.
Les images montrent une scène apocalyptique : des troncs éventrés jonchent les rives, mêlés à des débris plastiques et des ordures abandonnées.
L’eau, autrefois limpide et cristalline, est désormais trouble, polluée, empoisonnée par les rejets des chantiers et les déchets industriels. Le contraste avec les paysages verdoyants en arrière-plan n’est qu’un cruel rappel de ce qui a été perdu.
Pollution, maladies, disparition, les conséquences d’un désastre annoncé
La destruction de la végétation riveraine ne se limite pas à un simple acte de vandalisme environnemental. Elle déclenche une chaîne de catastrophes humaines et écologiques. Les populations locales, qui dépendent de la rivière pour leur eau potable, leur agriculture et leur pêche, sont désormais exposées à des risques sanitaires majeurs. Les analyses non officielles révèlent la présence de métaux lourds et de produits chimiques dans l’eau des éléments toxiques issus des machines et des matériaux utilisés sur le chantier.
Les enfants jouent encore près des berges, ignorant le danger. Les femmes continuent de laver leur linge dans des eaux contaminées. Et les poissons, autrefois abondants, ont disparu.
La biodiversité locale, oiseaux, insectes, amphibiens subit un effondrement silencieux. Le site, autrefois sanctuaire naturel, est devenu un cimetière écologique.
Silence des autorités, complicité des entreprises
Malgré les alertes lancées par les habitants, les associations environnementales et même certains élus locaux, aucune action concrète n’a été entreprise pour stopper cette hémorragie. Les sociétés chargées des travaux dont les noms restent souvent obscurs agissent avec une impunité choquante. Aucun plan d’impact environnemental n’a été rendu public. Aucune concertation avec les communautés n’a eu lieu. Sur les lieux, on aperçoit que du béton, des déchets et des promesses non tenues.
La vidéo, tournée à l’aveugle par un témoin local, montre des ouvriers en train de couper des arbres sans aucune précaution, sans barrières de protection, sans système de gestion des déchets. La rivière, visible en arrière-plan, semble déjà condamnée. Les cris de détresse des riverains “C’est notre source de vie ! ” résonnent dans le vide.
Il est encore temps d’agir
Il est urgent d’agir. Pas demain. Pas après les élections. Maintenant. Avant qu’il ne soit trop tard.
Nous demandons l’arrêt immédiat des travaux dans la zone riveraine de la rivière Koubi jusqu’à l’évaluation complète de l’impact environnemental et social.
La mise en place d’un comité de surveillance citoyen, composé d’experts, de représentants locaux et d’ONG environnementales, pour superviser toute activité dans la zone.
La responsabilisation des entreprises impliquées, avec des sanctions financières et juridiques en cas de non-respect des normes environnementales.
La réhabilitation écologique des berges, avec un programme de reboisement participatif et durable.
Et la reconnaissance officielle de la rivière Koubi comme patrimoine culturel et naturel, afin de lui garantir une protection légale à long terme.
Koubi est une mémoire
En somme, Koubi n’est pas un obstacle, elle est une mémoire vivante.
La rivière Koubi n’est pas un simple cours d’eau à contourner ou à dompter. C’est un lien entre les générations, un lieu de rituels, de prières, de jeux d’enfants et de récoltes. Elle raconte l’histoire de Pita. Elle porte les voix des ancêtres. Et aujourd’hui, elle crie. Elle crie parce qu’on la coupe, qu’on la souille, qu’on l’oublie.
Ce n’est pas une question d’infrastructure. C’est une question de dignité humaine, de respect de la nature et de transmission du patrimoine. Si nous laissons Koubi mourir, c’est tout un peuple, toute une histoire, toute une conscience collective qui disparaîtront avec elle.
Ne laissons pas la route Mamou-Labé devenir la tombe de Koubi.
Rivière de Koubi
Un reportage réalisé par Aboubacar Tely BARRY et Mamadou Djouhe Bah environnementaliste.
