Népotisme et gouvernance : une dérive persistante au sommet de l’État guinéen.

Le népotisme demeure l’un des défis structurels majeurs de la gouvernance en Guinée. Loin d’être un phénomène isolé, il continue d’affecter la crédibilité des institutions publiques, de fragiliser l’efficacité administrative et de nourrir la défiance des citoyens envers l’État.

Selon plusieurs informations concordantes rapportées par des observateurs de la vie publique et des sources proches de l’administration, l’actuel ministre des Affaires étrangères et des Guinéens de l’étranger, Morisandan Kouyaté, aurait procédé à la nomination de plusieurs personnes issues de son entourage familial à des postes sensibles au sein de l’administration guinéenne et du réseau diplomatique.

Parmi les nominations évoquées figureraient notamment l’affectation de membres de sa famille à l’ambassade de Guinée aux États-Unis, l’intégration d’un de ses enfants au ministère des Affaires étrangères, ainsi que la désignation d’un proche parent à un poste de responsabilité au gouvernorat de Conakry. De manière plus générale, une proportion significative de diplomates nommés dans certaines représentations à l’étranger et au sein d’organisations internationales serait issue de son cercle relationnel proche.

À ce stade, aucune communication officielle n’est venue confirmer ou infirmer ces informations.

Une pratique récurrente dans l’administration publique

Ces éléments, s’ils étaient avérés, s’inscriraient dans une problématique plus large de gouvernance. Le népotisme ne se limite pas à la nomination de proches parents à des fonctions publiques, mais renvoie à une pratique plus globale d’abus de pouvoir, consistant à privilégier des liens familiaux, personnels ou politiques au détriment des critères de compétence, d’expérience et de transparence.

En droit administratif et dans la doctrine de la bonne gouvernance, le népotisme est généralement assimilé à une forme de corruption indirecte. Il porte atteinte au principe d’égalité d’accès aux fonctions publiques, compromet la performance des services de l’État et contribue à l’érosion de la confiance citoyenne.

Depuis l’indépendance, de nombreux analystes considèrent cette pratique comme l’un des facteurs structurels du retard institutionnel et socio-économique de la Guinée, en ce qu’elle favorise l’incompétence, alimente des réseaux de prédation et marginalise la méritocratie.

Une dérive systémique sous le régime militaire guinéen 

Les critiques liées au népotisme ne concernent pas uniquement un département ministériel. Plusieurs observateurs estiment que cette logique serait également perceptible au sein de la gouvernance de transition actuelle. Le chef de la junte, Mamadi Doumbouya, ainsi que certains membres du gouvernement, sont régulièrement accusés par des acteurs de la société civile de procéder à des nominations fondées davantage sur la loyauté personnelle ou clanique que sur l’expertise technique.

Là encore, ces accusations relèvent d’analyses et de perceptions largement débattues dans l’espace public, sans qu’un audit institutionnel indépendant n’ait, à ce jour, permis d’en établir formellement l’ampleur.

Des conséquences lourdes pour l’État et la société

Les effets du népotisme sur le fonctionnement de l’État sont largement documentés. Il tend à institutionnaliser la médiocrité, à décourager les cadres compétents et à provoquer une fuite des talents. Il alimente également un clientélisme généralisé dans un système qualifié par certains politologues de néopatrimonial, où les postes publics deviennent des instruments de consolidation du pouvoir politique.

Sur le plan institutionnel, cette pratique affaiblit la crédibilité de l’État tant auprès des citoyens que des partenaires internationaux, qui conditionnent de plus en plus leur coopération à des critères de transparence, de bonne gouvernance et de redevabilité.

Dans ce contexte, l’État risque de se transformer progressivement en un mécanisme de prédation, au détriment de sa mission première : servir l’intérêt général et promouvoir le développement.

Une exigence de transparence et de responsabilité

Tant que les principes de mérite, de compétence et de responsabilité ne prévaudront pas sur les logiques claniques, la Guinée restera confrontée à un blocage structurel de son développement. La lutte contre le népotisme ne relève pas uniquement d’un débat politique ou administratif, mais d’un enjeu fondamental de survie institutionnelle et de cohésion nationale.

Dans un pays confronté à d’importants défis économiques et sociaux, la transparence dans les nominations publiques et le respect des règles de bonne gouvernance constituent des impératifs, sans lesquels l’avenir collectif demeure sérieusement compromis.

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