Guinée : Mémoire d’une répression, voix d’une survivante (Par Aissatou Cherif Baldé-Diallo).

Accusée, blâmée, emprisonnée, mon esprit, comme du vent est resté libre.

Le 25 mars 1996 marque un tournant irréversible dans la vie d’Aïssatou Chérif Baldé. Ce jour-là, elle devient prisonnière politique sous le régime du général Lansana Conté. 

À l’origine pourtant, une simple grève estudiantine, portée par des revendications légitimes : l’amélioration des conditions de vie des étudiants de l’université Gamal Abdel Nasser de Conakry.

Mais très vite, le mouvement est récupéré et politisé sur fond d’ethnicité. Membre du comité de défense des droits des étudiants, Aïssatou Chérif Baldé affirme n’avoir fait que remplir son rôle. Jeune et encore inconsciente des risques, elle est arrêtée sur le campus par des militaires lourdement armés, avant d’être transférée à la maison centrale de Conakry.

Selon son témoignage, plusieurs figures influentes de l’époque auraient été impliquées dans cette arrestation arbitraire, notamment Kerfalla KPC Camara et l’ancien recteur de l’université, M. Kaba.

Son passage au commissariat de Commandanya marque le début d’un calvaire. Sous l’autorité du commissaire Abou Camara, elle décrit des interrogatoires accompagnés de violences physiques et verbales. Les accusations portées contre elle — trouble à l’ordre public, rébellion, destruction de biens — sont rejetées par les étudiants, ce qui, selon elle, aurait déclenché des passages à tabac.

Transférée ensuite à la maison centrale de Conakry, elle subi abus, sévices, humiliations et traitements dégradants. Ces quatre mois de détention lui révèlent, la brutalité d’un système politique qu’elle estime fondé « sur le sang et les larmes des faibles ».

Condamnée à 18 mois de prison avec sursis, assortis d’une mise à l’épreuve, elle est contrainte de quitter la Guinée peu de temps après sa libération.

Elle trouve refuge en Allemagne, où une bourse d’étude accordée par son pays d’accueil lui permet de poursuivre son parcours académique. Après l’obtention d’une licence en droit, elle y obtient un diplôme en sciences politiques et en sciences de la communication à l’université de Hambourg.

Ce parcours universitaire marque une nouvelle étape dans sa reconstruction personnelle, mais aussi dans la consolidation de son engagement intellectuel et citoyen.

Elle évoque également une continuité historique de l’injustice en Guinée, rappelant le sort de figures comme Diallo Telli et d’autres victimes restées sans justice depuis l’indépendance.

Plus de vingt ans après, en exil, Aïssatou Chérif Baldé exprime une profonde désillusion. Elle dénonce un système immuable où, selon elle, « tout change pour que rien ne change », et où les anciens bourreaux peuvent devenir des figures respectées.

Elle critique une société qu’elle juge enfermée dans un cycle de domination, de violences, où les élites cherchent à préserver leurs privilèges, tandis que le peuple oscille entre résignation et reproduction des mêmes schémas d’oppression.

Son indignation s’étend également à certains acteurs politiques contemporains, qu’elle accuse d’avoir trahi les valeurs des droits humains en s’alliant à ce qu’elle qualifie d’« élite irresponsable ».

Aujourd’hui encore, elle affirme ne pas pouvoir oublier cette date du 25 mars 1996, malgré une volonté de pardon. Elle refuse également le silence, même face à la reconnaissance sociale dont bénéficient certains de ses anciens bourreaux.

Son témoignage pose une question centrale : qui peut incarner une véritable rupture en Guinée ? Qui peut mettre fin à l’injustice, à l’humiliation des opposants et à la souffrance des plus vulnérables ?

Malgré l’exil et les années, Aïssatou Chérif Baldé revendique une liberté intacte. Sa plume devient son principal outil de résistance, son moyen de rester debout.

« Seul le corps peut aller en prison, l’esprit ne peut être prisonnier, on ne peut pas attraper le vent. »

— Aïssatou Chérif Baldé, pour une autre vision de la politique..

À lire bientôt dans son livre…

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