Dire non à la servitude volontaire : un combat pour la dignité africaine

Par Aissatou Chérif Baldé-Diallo 

La servitude volontaire, concept ancien mais toujours d’actualité, demeure l’une des contradictions les plus troublantes de la condition humaine. Elle désigne cette situation paradoxale où des individus acceptent, voire défendent, leur propre domination

Aujourd’hui, cette réalité se manifeste avec acuité chez une partie de la jeunesse africaine, aussi bien sur le continent que dans la diaspora, et constitue un obstacle majeur au développement, à la dignité et à l’émancipation de l’Afrique.

De nombreux jeunes Africains, notamment en Europe, adoptent une posture de soumission mentale et politique face à des systèmes pourtant marqués par des inégalités structurelles. Certains vont jusqu’à nier l’existence de la dictature dans des pays comme la Guinée ou du racisme institutionnel dans des États européens, en particulier en Allemagne, s’opposant parfois avec virulence à celles et ceux qui osent dénoncer ces injustices.

Cette attitude n’est pas anodine. Elle s’inscrit dans une logique d’intériorisation de la domination, comparable à un syndrome de Stockholm politique, où l’on finit par défendre ceux-là mêmes qui humilient, discriminent et excluent. Ces comportements rappellent tristement l’attitude de dirigeants africains complaisants envers les puissances impérialistes, à l’image de M Mamadi Doumbouya, dont la gouvernance est critiquée pour son autoritarisme et son alignement sur des intérêts extérieurs.

Le racisme en Allemagne : une réalité documentée

Contrairement à ce que certains prétendent, le racisme envers les Africains en Allemagne est une réalité largement documentée. Une enquête menée par l’Organisation des Nations unies et publiée en 2017, avec le soutien de l’État allemand, révèle que les personnes d’origine africaine figurent parmi les populations les plus exposées au racisme, à la discrimination et aux violences, malgré leur faible proportion démographique.

Ces discriminations se manifestent dans de nombreux domaines : contrôles policiers au faciès, accès au logement, marché du travail, système éducatif, clubs sportifs, sans oublier les agressions physiques. Cette situation avait d’ailleurs été publiquement dénoncée par l’ancienne chancelière Angela Merkel, qui l’avait qualifiée d’inadmissible.

Et pourtant, certains Africains continuent d’affirmer qu’ils n’ont jamais été victimes de racisme, ni eux ni leurs enfants, préférant minimiser ou nier une réalité pourtant vécue quotidiennement par des milliers d’autres. Cette négation participe à la perpétuation du système.

Domination globale et héritage colonial

La servitude volontaire ne se limite pas à l’Europe. Elle s’exprime également à travers une fascination presque mystifiée pour l’Occident, mais aussi pour d’autres puissances économiques mondiales. Pour certains, vivre en Europe, aux États-Unis, en Chine ou dans les pays du Golfe suffit à justifier le silence face à l’injustice, l’humiliation ou l’exploitation.

Ce phénomène s’inscrit dans une histoire plus large : celle de systèmes fondés sur le racisme, la traite négrière, le colonialisme et l’impérialisme, dont l’objectif demeure l’imposition de normes culturelles et économiques dites « universelles », afin de maintenir l’accès aux ressources naturelles africaines et d’empêcher toute véritable indépendance économique du continent.

L’histoire africaine regorge d’exemples tragiques de cette trahison interne, comme l’assassinat de Thomas Sankara avec la complicité de Blaise Compaoré, illustrant jusqu’où peut mener l’alignement servile sur des intérêts étrangers.

Refuser la servitude, ici et ailleurs

En tant qu ‘afro-allemande vivant en Allemagne, je refuse que ma situation géographique ou sociale m’impose le silence. Je refuse d’accepter la discrimination, le racisme ou les rapatriements arbitraires subis par les Guinéens en Allemagne. 

Les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Cette liberté est affirmée aussi bien par la Constitution allemande que par celle de la Guinée. Si les citoyens européens jouissent du droit de vivre partout dans le monde, alors ce droit doit être reconnu à tous, sans hiérarchie raciale ou culturelle.

Dénoncer l’injustice n’est pas un acte de haine, mais un devoir moral. Se taire, en revanche, c’est devenir complice. 

Pour une politique de dignité et de courage

La servitude volontaire ne peut exister sans le consentement intérieur de ceux qui la subissent. Refuser ce consentement, c’est déjà briser une chaîne. L’Afrique n’a pas besoin de gouvernants fourbes ni de citoyens dociles, mais d’hommes et de femmes libres, conscients et courageux.

Je refuse de concevoir l’inconcevable : accepter l’oppression comme une fatalité. Je continuerai à dénoncer toute forme de racisme, de tyrannie et d’injustice, d’où qu’elle vienne.

La liberté est naturelle. La dignité n’est pas négociable

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