Par Aboubacar Tely Barry
L’aveu a fait l’effet d’une onde de choc. Devant le Sénat américain, Scott Bessent, pressenti pour diriger le Trésor américain, a reconnu que les États-Unis avaient volontairement organisé une pénurie de devises en Iran afin de provoquer une crise sociale. Une déclaration rare, presque brutale dans sa franchise, qui confirme ce que beaucoup soupçonnaient : la guerre économique n’est pas une abstraction, mais une stratégie assumée par les américains depuis des décennies.
Et pourtant, derrière cette « confession » se cache un paradoxe dérangeant pour Washington. Car nonobstant des décennies de pressions monétaires, l’Iran tient toujours debout. Le dollar, présenté comme une arme absolue, montre ici ses limites.
La stratégie du chaos programmé
Scott Bessent n’a pas parlé en théoricien, mais en praticien. Il a décrit un mécanisme précis : raréfier le dollar, provoquer l’effondrement de la monnaie locale, faire exploser l’inflation, et laisser la colère populaire se transformer en émeutes.
« Nous avons créé une pénurie de dollars en Iran. La faillite d’une grande banque, l’effondrement de la monnaie et l’explosion de l’inflation ont directement conduit à des manifestations populaires. »
Autrement dit, la misère devient un outil politique. La souffrance des populations civiles est traitée comme une variable d’ajustement dans une stratégie de changement de régime. Ce n’est plus la diplomatie qui parle, mais la pression économique comme moyen de coercition.
Quarante ans de sanctions… pour quel résultat ?
Depuis la révolution iranienne de 1979, l’Iran vit sous sanctions et elles sont parmi les plus sévères de l’histoire moderne : gel des avoirs, exclusion bancaire, embargo sur des secteurs vitaux. Et pourtant, le régime de Téhéran n’est pas tombé.
Pire encore pour Washington : cette pression constante a poussé l’Iran à développer une économie de résistance, à renforcer ses liens avec des puissances non occidentales comme la Russie, la Chine et à bâtir des circuits financiers alternatifs.
Pendant ce temps, ce sont surtout les civils qui paient le prix fort : pénuries de médicaments, inflation galopante, effondrement du pouvoir d’achat. Une réalité difficilement compatible avec les discours américains sur les droits de l’homme et la protection des peuples.
Le mythe du “soutien au peuple”
Comment encore parler de « soutien au peuple iranien » quand on admet publiquement organiser sa strangulation financière ?
Les faits sont têtus : la politique occidentale n’a jamais été neutre. Elle vise moins la liberté des peuples que la soumission des États qui refusent de s’aligner. La monnaie devient une arme, la misère un levier, et les révoltes un produit indirect d’un laboratoire géopolitique.
Mais l’Iran déjoue ce scénario. L’asphyxie n’a pas produit l’effondrement espéré. Elle a révélé autre chose : les limites du pouvoir américain.
Le dollar, une arme qui s’émousse
Le dollar reste capable de faire tomber des banques. Mais il ne semble plus capable de faire tomber des régimes résilients.
L’aveu de Scott Bessent marque peut-être un tournant. Non pas la fin immédiate de l’hégémonie américaine, mais le début de sa remise en question. Une époque où la puissance financière pouvait à elle seule dicter ses règles de l’ordre mondial qu’il domine jusqu’à présent montre ses limites.
Washington ne convainc plus. Il contraint plutôt. Et cette contrainte est désormais visible, assumée.
Vers un monde sans confiance ?
Peut-on encore bâtir un ordre mondial fondé sur la confiance lorsque l’un des acteurs majeurs reconnaît fabriquer la colère des peuples pour servir ses intérêts ?
Une chose est sûre, L’Iran, en résistant à la puissance du dollar, révèle une vérité plus large : la domination économique ne remplace pas la légitimité politique. Et la peur ne crée jamais une paix durable.
Ce que montre cette affaire, au fond, ce n’est pas la toute-puissance des États-Unis, mais leur fragilité stratégique : celle d’une puissance qui, incapable de convaincre les pays insoumis, tente d’affamer, de les renverser, voire même d’enlever un président démocratiquement élu à l’image du président Maduro du Venezuela.
